{"id":945,"date":"2012-06-12T07:59:41","date_gmt":"2012-06-12T05:59:41","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.copcea.ro\/?p=945"},"modified":"2016-06-30T00:27:19","modified_gmt":"2016-06-29T22:27:19","slug":"micul-print","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/blog.copcea.ro\/?p=945","title":{"rendered":"Micul Prin\u021b (cu imaginile originale ale autorului)"},"content":{"rendered":"<div class=\"02a7dab7e6fe5a0fbf433999ff85f046\" data-index=\"1\" style=\"float: none; margin:10px 0 10px 0; text-align:center;\">\n<script type=\"text\/javascript\"><!--\r\ngoogle_ad_client = \"ca-pub-2343103762362018\";\r\n\/* 336x280 *\/\r\ngoogle_ad_slot = \"8815738048\";\r\ngoogle_ad_width = 336;\r\ngoogle_ad_height = 280;\r\n\/\/-->\r\n<\/script>\r\n<script type=\"text\/javascript\"\r\nsrc=\"http:\/\/pagead2.googlesyndication.com\/pagead\/show_ads.js\">\r\n<\/script>\n<\/div>\n<div class='fr' style='display:none;' lang='fr' dir='ltr'>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">A L\u00c9ON WERTH<\/span><\/p>\n<p>Je demande pardon aux enfants d\u2019avoir d\u00e9di\u00e9 ce livre \u00e0 une grande personne. J\u2019ai une excuse s\u00e9rieuse: cette grande personne est le meilleur ami que j\u2019ai au monde. J\u2019ai une autre excuse: cette grande personne peut tout comprendre, m\u00eame les livres pour enfants. J\u2019ai une troisi\u00e8me excuse: cette grande personne habite la France o\u00f9 elle a faim et froid. Elle a bien besoin d\u2019\u00eatre consol\u00e9e. Si toutes ces excuses ne suffisent pas, je veux bien d\u00e9dier ce livre \u00e0 l\u2019enfant qu\u2019a \u00e9t\u00e9 autrefois cette grande personne. Toutes les grandes personnes ont d\u2019abord \u00e9t\u00e9 des enfants. (Mais peu d\u2019entre elles s\u2019en souviennent.) Je corrige donc ma d\u00e9dicace:<\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">A L\u00c9ON WERTH<\/span><br \/>\nQUAND IL \u00c9TAIT PETIT GAR\u00c7ON<\/p>\n<\/div>\n<div class='en' style='display:none;' lang='en' dir='ltr'>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>TO LEON WERTH<\/h3>\n<p>I ask the indulgence of the children who may read this book for dedicating it to a grown-up. I have a serious reason: he is the best friend I have in the world. I have another reason: this grown-up understands everything, even books about children. I have a third reason: he lives in France where he is hungry and cold. He needs cheering up. If all these reasons are not enough, I will dedicate the book to the child from whom this grown-up grew. All grown-ups were once children&#8211; although few of them remember it. And so I correct my dedication:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>TO LEON WERTH<\/h3>\n<h4>WHEN HE WAS A LITTLE BOY<\/h4>\n<\/div>\n<div class='ro' style='' lang='ro' dir='ltr'>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Lui L\u00e9on Werth<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Copiilor le cer iertare c\u0103 am \u00eenchinat aceast\u0103 carte unui om mare. Am un motiv serios: acest om mare e cel mai bun prieten din c\u00e2\u0163i am eu pe lume. Mai am un motiv: acest om mare poate s\u0103 priceap\u0103 totul, chiar \u015fi c\u0103r\u0163ile pentru copii. Am \u015fi al treilea motiv: acest om mare tr\u0103ie\u015fte \u00een Fran\u0163a, unde sufer\u0103 de foame \u015fi frig. Are mult\u0103 nevoie de m\u00e2ng\u00e2iere. Dac\u0103 toate motivele \u00een\u015firate nu sunt de ajuns, \u0163in ca aceast\u0103 carte s-o \u00eenchin atunci copilului de odinioar\u0103, c\u0103ci \u015fi acest om mare a fost c\u00e2ndva copil. To\u0163i oamenii mari au fost c\u00e2ndva copii. (Dar pu\u0163ini dintre ei \u00ee\u015fi mai aduc aminte.) A\u015fa c\u0103 fac urm\u0103toarea \u00eendreptare:<\/p>\n<p><strong>Lui L\u00e9on Werth<\/strong><br \/>\n<strong>pe c\u00e2nd era b\u0103ie\u0163el<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">PREMIER CHAPITRE<\/span><\/strong><\/center><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/01.jpg\" alt=\"\" width=\"349\" height=\"200\" align=\"right\" \/><br \/>\nLorsque j&#8217;avais six ans j&#8217;ai vu, une fois, une magnifique image, dans un livre sur la For\u00eat Vierge qui s&#8217;appelait &#8220;Histoires V\u00e9cues&#8221;. \u00c7a repr\u00e9sentait un serpent boa qui avalait un fauve. Voil\u00e0 la copie du dessin.<\/p>\n<p>On disait dans le livre: &#8220;Les serpents boas avalent leur proie tout enti\u00e8re, sans la m\u00e2cher. Ensuite ils ne peuvent plus bouger et ils dorment pendant les six mois de leur digestion&#8221;.<\/p>\n<p>J&#8217;ai alors beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi sur les aventures de la jungle et, \u00e0 mon tour, j&#8217;ai r\u00e9ussi, avec un crayon de couleur, \u00e0 tracer mon premier dessin. Mon dessin num\u00e9ro 1. Il \u00e9tait comme \u00e7a:<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/02.jpg\" alt=\"\" width=\"257\" height=\"75\" align=\"left\" \/><\/p>\n<p>J&#8217;ai montr\u00e9 mon chef d&#8217;\u0153uvre aux grandes personnes et je leur ai demand\u00e9 si mon dessin leur faisait peur.<\/p>\n<p>Elles m&#8217;ont r\u00e9pondu: &#8220;Pourquoi un chapeau ferait-il peur?&#8221;<\/p>\n<p>Mon dessin ne repr\u00e9sentait pas un chapeau. Il repr\u00e9sentait un serpent boa qui dig\u00e9rait un \u00e9l\u00e9phant. J&#8217;ai alors dessin\u00e9 l&#8217;int\u00e9rieur du serpent boa, afin que les grandes personnes puissent comprendre. Elles ont toujours besoin d&#8217;explications. Mon dessin num\u00e9ro 2 \u00e9tait comme \u00e7a:<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/03.jpg\" alt=\"\" width=\"253\" height=\"76\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>Les grandes personnes m&#8217;ont conseill\u00e9 de laisser de c\u00f4t\u00e9 les dessins de serpents boas ouverts ou ferm\u00e9s, et de m&#8217;int\u00e9resser plut\u00f4t \u00e0 la g\u00e9ographie, \u00e0 l&#8217;histoire, au calcul et \u00e0 la grammaire. C&#8217;est ainsi que j&#8217;ai abandonn\u00e9, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de six ans, une magnifique carri\u00e8re de peintre. J&#8217;avais \u00e9t\u00e9 d\u00e9courag\u00e9 par l&#8217;insucc\u00e8s de mon dessin num\u00e9ro 1 et de mon dessin num\u00e9ro 2. Les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes seules, et c&#8217;est fatigant, pour les enfants, de toujours leur donner des explications.<\/p>\n<p>J&#8217;ai donc d\u00fb choisir un autre m\u00e9tier et j&#8217;ai appris \u00e0 piloter des avions. J&#8217;ai vol\u00e9 un peu partout dans le monde. Et la g\u00e9ographie, c&#8217;est exact, m&#8217;a beaucoup servi. Je savais reconna\u00eetre, du premier coup d&#8217;\u0153il, la Chine de l&#8217;Arizona. C&#8217;est tr\u00e8s utile, si l&#8217;on est \u00e9gar\u00e9 pendant la nuit.<\/p>\n<p>J&#8217;ai ainsi eu, au cours de ma vie, des tas de contacts avec des tas de gens s\u00e9rieux. J&#8217;ai beaucoup v\u00e9cu chez les grandes personnes. Je les ai vues de tr\u00e8s pr\u00e8s. \u00c7a n&#8217;a pas trop am\u00e9lior\u00e9 mon opinion.<\/p>\n<p>Quand j&#8217;en rencontrais une qui me paraissait un peu lucide, je faisais l&#8217;exp\u00e9rience sur elle de mon dessin n\u00b0 1 que j&#8217;ai toujours conserv\u00e9. Je voulais savoir si elle \u00e9tait vraiment compr\u00e9hensive. Mais toujours elle me r\u00e9pondait: &#8220;C&#8217;est un chapeau.&#8221; Alors je ne lui parlais ni de serpents boas, ni de for\u00eats vierges, ni d&#8217;\u00e9toiles. Je me mettais \u00e0 sa port\u00e9e. Je lui parlais de bridge, de golf, de politique et de cravates. Et la grande personne \u00e9tait bien contente de conna\u00eetre un homme aussi raisonnable.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE II<\/span><\/strong><\/center>J&#8217;ai ainsi v\u00e9cu seul, sans personne avec qui parler v\u00e9ritablement, jusqu&#8217;\u00e0 une panne dans le d\u00e9sert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s&#8217;\u00e9tait cass\u00e9 dans mon moteur. Et comme je n&#8217;avais avec moi ni m\u00e9canicien, ni passagers, je me pr\u00e9parai \u00e0 essayer de r\u00e9ussir, tout seul, une r\u00e9paration difficile. C&#8217;\u00e9tait pour moi une question de vie ou de mort. J&#8217;avais \u00e0 peine de l&#8217;eau \u00e0 boire pour huit jours.<\/p>\n<p>Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable \u00e0 mille milles de toute terre habit\u00e9e. J&#8217;\u00e9tais bien plus isol\u00e9 qu&#8217;un naufrag\u00e9 sur un radeau au milieu de l&#8217;oc\u00e9an. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une dr\u00f4le de petite voix m&#8217;a r\u00e9veill\u00e9. Elle disait:<\/p>\n<p>&#8211; S&#8217;il vous pla\u00eet&#8230; dessine-moi un mouton !<\/p>\n<p>&#8211; Hein!<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/04.jpg\" alt=\"\" width=\"386\" height=\"395\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Dessine-moi un mouton&#8230;<\/p>\n<p>J&#8217;ai saut\u00e9 sur mes pieds comme si j&#8217;avais \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la foudre. J&#8217;ai bien frott\u00e9 mes yeux. J&#8217;ai bien regard\u00e9. Et j&#8217;ai vu un petit bonhomme tout \u00e0 fait extraordinaire qui me consid\u00e9rait gravement. Voil\u00e0 le meilleur portrait que, plus tard, j&#8217;ai r\u00e9ussi \u00e0 faire de lui. Mais mon dessin, bien s\u00fbr, est beaucoup moins ravissant que le mod\u00e8le. Ce n&#8217;est pas ma faute. J&#8217;avais \u00e9t\u00e9 d\u00e9courag\u00e9 dans ma carri\u00e8re de peintre par les grandes personnes, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de six ans, et je n&#8217;avais rien appris \u00e0 dessiner, sauf les boas ferm\u00e9s et les boas ouverts.<\/p>\n<p>Je regardai donc cette apparition avec des yeux tout ronds d&#8217;\u00e9tonnement. N&#8217;oubliez pas que je me trouvais \u00e0 mille milles de toute r\u00e9gion habit\u00e9e. Or mon petit bonhomme ne me semblait ni \u00e9gar\u00e9, ni mort de fatigue, ni mort de faim, ni mort de soif, ni mort de peur. Il n&#8217;avait en rien l&#8217;apparence d&#8217;un enfant perdu au milieu du d\u00e9sert, \u00e0 mille milles de toute r\u00e9gion habit\u00e9e. Quand je r\u00e9ussis enfin \u00e0 parler, je lui dis:<\/p>\n<p>&#8211; Mais&#8230; qu&#8217;est-ce que tu fais l\u00e0 ?<\/p>\n<p>Et il me r\u00e9p\u00e9ta alors, tout doucement, comme une chose tr\u00e8s s\u00e9rieuse:<\/p>\n<p>&#8211; S&#8217;il vous pla\u00eet&#8230; dessine-moi un mouton&#8230;<\/p>\n<p>Quand le myst\u00e8re est trop impressionnant, on n&#8217;ose pas d\u00e9sob\u00e9ir. Aussi absurde que cela me sembl\u00e2t \u00e0 mille milles de tous les endroits habit\u00e9s et en danger de mort, je sortis de ma poche une feuille de papier et un stylographe. Mais je me rappelai alors que j&#8217;avais surtout \u00e9tudi\u00e9 la g\u00e9ographie, l&#8217;histoire, le calcul et la grammaire et je dis au petit bonhomme (avec un peu de mauvaise humeur) que je ne savais pas dessiner. Il me r\u00e9pondit:<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a ne fait rien. Dessine-moi un mouton.<\/p>\n<p>Comme je n&#8217;avais jamais dessin\u00e9 un mouton je refis, pour lui, l&#8217;un des deux seuls dessins dont j&#8217;\u00e9tais capable. Celui du boa ferm\u00e9. Et je fus stup\u00e9fait d&#8217;entendre le petit bonhomme me r\u00e9pondre:<\/p>\n<p>&#8211; Non! Non! Je ne veux pas d&#8217;un \u00e9l\u00e9phant dans un boa. Un boa c&#8217;est tr\u00e8s dangereux, et un \u00e9l\u00e9phant c&#8217;est tr\u00e8s encombrant. Chez moi c&#8217;est tout petit. J&#8217;ai besoin d&#8217;un mouton. Dessine-moi un mouton.<\/p>\n<p>Alors j&#8217;ai dessin\u00e9.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/05.jpg\" alt=\"\" width=\"162\" height=\"120\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>Il regarda attentivement, puis:<\/p>\n<p>&#8211; Non! Celui-l\u00e0 est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s malade. Fais-en un autre.<\/p>\n<p>Je dessinai:<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/06.gif\" alt=\"\" width=\"135\" height=\"121\" align=\"left\" \/><\/p>\n<p>Mon ami sourit gentiment, avec indulgence:<\/p>\n<p>&#8211; Tu vois bien&#8230; ce n&#8217;est pas un mouton, c&#8217;est un b\u00e9lier. Il a des cornes&#8230;<\/p>\n<p>Je refis donc encore mon dessin:<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/07.jpg\" alt=\"\" width=\"116\" height=\"119\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>Mais il fut refus\u00e9, comme les pr\u00e9c\u00e9dents:<\/p>\n<p>&#8211; Celui-l\u00e0 est trop vieux. Je veux un mouton qui vive longtemps.<\/p>\n<p>Alors, faute de patience, comme j&#8217;avais h\u00e2te de commencer le d\u00e9montage de mon moteur, je griffonnai ce dessin-ci.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/08.jpg\" alt=\"\" width=\"210\" height=\"106\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>Et je lan\u00e7ai:<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a c&#8217;est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans.<\/p>\n<p>Mais je fus bien surpris de voir s&#8217;illuminer le visage de mon jeune juge:<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est tout \u00e0 fait comme \u00e7a que je le voulais ! Crois-tu qu&#8217;il faille beaucoup d&#8217;herbe \u00e0 ce mouton ?<\/p>\n<p>&#8211; Pourquoi ?<\/p>\n<p>&#8211; Parce que chez moi c&#8217;est tout petit&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a suffira s\u00fbrement. Je t&#8217;ai donn\u00e9 un tout petit mouton.<\/p>\n<p>Il pencha la t\u00eate vers le dessin:<\/p>\n<p>&#8211; Pas si petit que \u00e7a&#8230; Tiens ! Il s&#8217;est endormi&#8230;<\/p>\n<p>Et c&#8217;est ainsi que je fis la connaissance du petit prince.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE III<\/span><\/strong><\/center>Il me fallut longtemps pour comprendre d&#8217;o\u00f9 il venait. Le petit prince, qui me posait beaucoup de questions, ne semblait jamais entendre les miennes. Ce sont des mots prononc\u00e9s par hasard qui, peu \u00e0 peu, m&#8217;ont tout r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Ainsi, quand il aper\u00e7ut pour la premi\u00e8re fois mon avion (je ne dessinerai pas mon avion, c&#8217;est un dessin beaucoup trop compliqu\u00e9 pour moi) il me demanda:<\/p>\n<p>&#8211; Qu&#8217;est ce que c&#8217;est que cette chose-l\u00e0 ?<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/09.jpg\" alt=\"\" width=\"237\" height=\"332\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Ce n&#8217;est pas une chose. \u00c7a vole. C&#8217;est un avion. C&#8217;est mon avion.<\/p>\n<p>Et j&#8217;\u00e9tais fier de lui apprendre que je volais. Alors il s&#8217;\u00e9cria:<\/p>\n<p>&#8211; Comment! tu es tomb\u00e9 du ciel !<\/p>\n<p>&#8211; Oui, fis-je modestement.<\/p>\n<p>&#8211; Ah! \u00e7a c&#8217;est dr\u00f4le&#8230;<\/p>\n<p>Et le petit prince eut un tr\u00e8s joli \u00e9clat de rire qui m&#8217;irrita beaucoup. Je d\u00e9sire que l&#8217;on prenne mes malheurs au s\u00e9rieux. Puis il ajouta:<\/p>\n<p>&#8211; Alors, toi aussi tu viens du ciel ! De quelle plan\u00e8te es-tu ?<\/p>\n<p>J&#8217;entrevis aussit\u00f4t une lueur, dans le myst\u00e8re de sa pr\u00e9sence, et j&#8217;interrogeai brusquement:<\/p>\n<p>&#8211; Tu viens donc d&#8217;une autre plan\u00e8te ?<\/p>\n<p>Mais il ne me r\u00e9pondit pas. Il hochait la t\u00eate doucement tout en regardant mon avion:<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est vrai que, l\u00e0-dessus, tu ne peux pas venir de bien loin&#8230;<\/p>\n<p>Et il s&#8217;enfon\u00e7a dans une r\u00eaverie qui dura longtemps. Puis, sortant mon mouton de sa poche, il se plongea dans la contemplation de son tr\u00e9sor.<br \/>\nVous imaginez combien j&#8217;avais pu \u00eatre intrigu\u00e9 par cette demi-confidence sur &#8220;les autres plan\u00e8tes&#8221;. Je m&#8217;effor\u00e7ai donc d&#8217;en savoir plus long:<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/10.jpg\" alt=\"\" width=\"327\" height=\"454\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>&#8211; D&#8217;o\u00f9 viens-tu mon petit bonhomme ? O\u00f9 est-ce &#8220;chez toi&#8221; ? O\u00f9 veux-tu emporter mon mouton ?<\/p>\n<p>Il me r\u00e9pondit apr\u00e8s un silence m\u00e9ditatif:<\/p>\n<p>&#8211; Ce qui est bien, avec la caisse que tu m&#8217;as donn\u00e9e, c&#8217;est que, la nuit, \u00e7a lui servira de maison.<\/p>\n<p>&#8211; Bien s\u00fbr. Et si tu es gentil, je te donnerai aussi une corde pour l&#8217;attacher pendant le jour. Et un piquet.<\/p>\n<p>La proposition parut choquer le petit prince:<\/p>\n<p>&#8211; L&#8217;attacher ? Quelle dr\u00f4le d&#8217;id\u00e9e !<\/p>\n<p>&#8211; Mais si tu ne l&#8217;attaches pas, il ira n&#8217;importe o\u00f9, et il se perdra&#8230;<\/p>\n<p>Et mon ami eut un nouvel \u00e9clat de rire:<\/p>\n<p>&#8211; Mais o\u00f9 veux-tu qu&#8217;il aille !<\/p>\n<p>&#8211; N&#8217;importe o\u00f9. Droit devant lui&#8230;<\/p>\n<p>Alors le petit prince remarqua gravement:<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a ne fait rien, c&#8217;est tellement petit, chez moi !<\/p>\n<p>Et, avec un peu de m\u00e9lancolie, peut-\u00eatre, il ajouta:<\/p>\n<p>&#8211; Droit devant soi on ne peut pas aller bien loin&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE IV<\/span><\/strong><\/center>J&#8217;avais ainsi appris une seconde chose tr\u00e8s importante: C&#8217;est que sa plan\u00e8te d&#8217;origine \u00e9tait \u00e0 peine plus grande qu&#8217;une maison !<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/11.jpg\" alt=\"\" width=\"251\" height=\"257\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>\u00c7a ne pouvait pas m&#8217;\u00e9tonner beaucoup. Je savais bien qu&#8217;en dehors des grosses plan\u00e8tes comme la Terre, Jupiter, Mars, V\u00e9nus, auxquelles on a donn\u00e9 des noms, il y en a des centaines d&#8217;autres qui sont quelque-fois si petites qu&#8217;on a beaucoup de mal \u00e0 les apercevoir au t\u00e9lescope. Quand un astronome d\u00e9couvre l&#8217;une d&#8217;elles, il lui donne pour nom un num\u00e9ro. Il l&#8217;appelle par exemple: &#8220;l&#8217;ast\u00e9ro\u00efde 3251.&#8221;<\/p>\n<p>J&#8217;ai de s\u00e9rieuses raisons de croire que la plan\u00e8te d&#8217;o\u00f9 venait le petit prince est l&#8217;ast\u00e9ro\u00efde B 612. Cet ast\u00e9ro\u00efde n&#8217;a \u00e9t\u00e9 aper\u00e7u qu&#8217;une fois au t\u00e9lescope, en 1909, par un astronome turc.<\/p>\n<p>Il avait fait alors une grande d\u00e9monstration de sa d\u00e9couverte \u00e0 un Congr\u00e8s International d&#8217;Astronomie. Mais personne ne l&#8217;avait cru \u00e0 cause de son costume. Les grandes personnes sont comme \u00e7a.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/12.jpg\" alt=\"\" width=\"309\" height=\"239\" align=\"left\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>Heureusement pour la r\u00e9putation de l&#8217;ast\u00e9ro\u00efde B 612 un dictateur turc imposa \u00e0 son peuple, sous peine de mort, de s&#8217;habiller \u00e0 l&#8217;Europ\u00e9enne. L&#8217;astronome refit sa d\u00e9monstration en 1920, dans un habit tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gant. Et cette fois-ci tout le monde fut de son avis.<\/p>\n<p>Si je vous ai racont\u00e9 ces d\u00e9tails sur l&#8217;ast\u00e9ro\u00efde B 612 et si je vous ai confi\u00e9 son num\u00e9ro, c&#8217;est \u00e0 cause des grandes personnes. Les grandes personnes aiment les chiffres. Quand vous leur parlez d&#8217;un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l&#8217;essentiel. Elles ne vous disent jamais: &#8220;Quel est le son de sa voix ? Quels sont les jeux qu&#8217;il pr\u00e9f\u00e8re ? Est-ce qu&#8217;il collectionne les papillons ?&#8221; Elles vous demandent: &#8220;Quel \u00e2ge a-t-il ? Combien a-t-il de fr\u00e8res ? Combien p\u00e8se-t-il ? Combien gagne son p\u00e8re ?&#8221; Alors seulement elles croient le conna\u00eetre. Si vous dites aux grandes personnes: &#8220;J&#8217;ai vu une belle maison en briques roses, avec des g\u00e9raniums aux fen\u00eatres et des colombes sur le toit&#8230;&#8221; elles ne parviennent pas \u00e0 s&#8217;imaginer cette maison. Il faut leur dire: &#8220;J&#8217;ai vu une maison de cent mille francs.&#8221; Alors elles s&#8217;\u00e9crient: &#8220;Comme c&#8217;est joli !&#8221;\u00a0<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/13.jpg\" alt=\"\" width=\"224\" height=\"154\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>Ainsi, si vous leur dites: &#8220;La preuve que le petit prince a exist\u00e9 c&#8217;est qu&#8217;il \u00e9tait ravissant, qu&#8217;il riait, et qu&#8217;il voulait un mouton. Quand on veut un mouton, c&#8217;est la preuve qu&#8217;on existe&#8221; elles hausseront les \u00e9paules et vous traiteront d&#8217;enfant ! Mais si vous leur dites: &#8220;La plan\u00e8te d&#8217;o\u00f9 il venait est l&#8217;ast\u00e9ro\u00efde B 612&#8221; alors elles seront convaincues, et elles vous laisseront tranquille avec leurs questions. Elles sont comme \u00e7a. Il ne faut pas leur en vouloir. Les enfants doivent \u00eatre tr\u00e8s indulgents envers les grandes personnes.<\/p>\n<p>Mais, bien s\u00fbr, nous qui comprenons la vie, nous nous moquons bien des num\u00e9ros ! J&#8217;aurais aim\u00e9 commencer cette histoire \u00e0 la fa\u00e7on des contes de f\u00e9es. J&#8217;aurais aim\u00e9 dire:<\/p>\n<p>&#8220;Il \u00e9tait une fois un petit prince qui habitait une plan\u00e8te \u00e0 peine plus grande que lui, et qui avait besoin d&#8217;un ami&#8230;&#8221; Pour ceux qui comprennent la vie, \u00e7a aurait eu l&#8217;air beaucoup plus vrai.<\/p>\n<p>Car je n&#8217;aime pas qu&#8217;on lise mon livre \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. J&#8217;\u00e9prouve tant de chagrin \u00e0 raconter ces souvenirs. Il y a six ans d\u00e9j\u00e0 que mon ami s&#8217;en est all\u00e9 avec son mouton. Si j&#8217;essaie ici de le d\u00e9crire, c&#8217;est afin de ne pas l&#8217;oublier. C&#8217;est triste d&#8217;oublier un ami. Tout le monde n&#8217;a pas eu un ami. Et je puis devenir comme les grandes personnes qui ne s&#8217;int\u00e9ressent plus qu&#8217;aux chiffres. C&#8217;est donc pour \u00e7a encore que j&#8217;ai achet\u00e9 une bo\u00eete de couleurs et des crayons. C&#8217;est dur de se remettre au dessin, \u00e0 mon \u00e2ge, quand on n&#8217;a jamais fait d&#8217;autres tentatives que celle d&#8217;un boa ferm\u00e9 et celle d&#8217;un boa ouvert, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de six ans ! J&#8217;essaierai, bien s\u00fbr, de faire des portraits le plus ressemblants possible. Mais je ne suis pas tout \u00e0 fait certain de r\u00e9ussir. Un dessin va, et l&#8217;autre ne ressemble plus. Je me trompe un peu aussi sur la taille. Ici le petit prince est trop grand. L\u00e0 il est trop petit. J&#8217;h\u00e9site aussi sur la couleur de son costume. Alors je t\u00e2tonne comme ci et comme \u00e7a, tant bien que mal. Je me tromperai enfin sur certains d\u00e9tails plus importants. Mais \u00e7a, il faudra me le pardonner. Mon ami ne donnait jamais d&#8217;explications. Il me croyait peut-\u00eatre semblable \u00e0 lui. Mais moi, malheureusement, je ne sais pas voir les moutons \u00e0 travers les caisses. Je suis peut-\u00eatre un peu comme les grandes personnes. J&#8217;ai d\u00fb vieillir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE V<\/span><\/strong><\/center>Chaque jour j&#8217;apprenais quelque chose sur la plan\u00e8te, sur le d\u00e9part, sur le voyage. \u00c7a venait tout doucement, au hasard des r\u00e9flexions. C&#8217;est ainsi que, le troisi\u00e8me jour, je connus le drame des baobabs.<\/p>\n<p>Cette fois-ci encore ce fut gr\u00e2ce au mouton, car brusquement le petit prince m&#8217;interrogea, comme pris d&#8217;un doute grave:<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est bien vrai, n&#8217;est-ce pas, que les moutons mangent les arbustes ?<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/14.jpg\" alt=\"\" width=\"240\" height=\"243\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Oui. C&#8217;est vrai.<\/p>\n<p>&#8211; Ah! Je suis content.<\/p>\n<p>Je ne compris pas pourquoi il \u00e9tait si important que les moutons mangeassent les arbustes. Mais le petit prince ajouta:<\/p>\n<p>&#8211; Par cons\u00e9quent ils mangent aussi les baobabs ?<\/p>\n<p>Je fis remarquer au petit prince que les baobabs ne sont pas des arbustes, mais des arbres grands comme des \u00e9glises et que, si m\u00eame il emportait avec lui tout un troupeau d&#8217;\u00e9l\u00e9phants, ce troupeau ne viendrait pas \u00e0 bout d&#8217;un seul baobab.<\/p>\n<p>L&#8217;id\u00e9e du troupeau d&#8217;\u00e9l\u00e9phants fit rire le petit prince:<\/p>\n<p>&#8211; Il faudrait les mettre les uns sur les autres&#8230;<\/p>\n<p>Mais il remarqua avec sagesse:<\/p>\n<p>&#8211; Les baobabs, avant de grandir, \u00e7a commence par \u00eatre petit.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/15.jpg\" alt=\"\" width=\"439\" height=\"340\" align=\"left\" \/><\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est exact ! Mais pourquoi veux-tu que tes moutons mangent les petits baobabs ?<\/p>\n<p>Il me r\u00e9pondit: &#8220;Ben! Voyons!&#8221; comme s&#8217;il s&#8217;agissait l\u00e0 d&#8217;une \u00e9vidence. Et il me fallut un grand effort d&#8217;intelligence pour comprendre \u00e0 moi seul ce probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Et en effet, sur la plan\u00e8te du petit prince, il y avait comme sur toutes les plan\u00e8tes, de bonnes herbes et de mauvaises herbes. Par cons\u00e9quent de bonnes graines de bonnes herbes et de mauvaises graines de mauvaises herbes. Mais les graines sont invisibles. Elles dorment dans le secret de la terre jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il prenne fantaisie \u00e0 l&#8217;une d&#8217;elles de se r\u00e9veiller. Alors elle s&#8217;\u00e9tire, et pousse d&#8217;abord timidement vers le soleil une ravissante petite brindille inoffensive. S&#8217;il s&#8217;ag\u00eet d&#8217;une brindille de radis ou de rosier, on peut la laisser pousser comme elle veut. Mais s&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une mauvaise plante, il faut arracher la plante aussit\u00f4t, d\u00e8s qu&#8217;on a su la reconna\u00eetre. Or il y avait des graines terribles sur la plan\u00e8te du petit prince&#8230; c&#8217;\u00e9taient les graines de baobabs. Le sol de la plan\u00e8te en \u00e9tait infest\u00e9. Or un baobab, si l&#8217;on s&#8217;y prend trop tard, on ne peut jamais plus s&#8217;en d\u00e9barrasser. Il encombre toute la plan\u00e8te. Il la perfore de ses racines. Et si la plan\u00e8te est trop petite, et si les baobabs sont trop nombreux, ils la font \u00e9clater.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/16.jpg\" alt=\"\" width=\"416\" height=\"551\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>&#8220;C&#8217;est une question de discipline, me disait plus tard le petit prince. Quand on a termin\u00e9 sa toilette du matin, il faut faire soigneusement la toilette de la plan\u00e8te. Il faut s&#8217;astreindre r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 arracher les baobabs d\u00e8s qu&#8217;on les distingue d&#8217;avec les rosiers auxquels ils ressemblent beaucoup quand ils sont tr\u00e8s jeunes. C&#8217;est un travail tr\u00e8s ennuyeux, mais tr\u00e8s facile.&#8221;<\/p>\n<p>Et un jour il me conseilla de m&#8217;appliquer \u00e0 r\u00e9ussir un beau dessin, pour bien faire entrer \u00e7a dans la t\u00eate des enfants de chez moi. &#8220;S&#8217;ils voyagent un jour, me disait-il, \u00e7a pourra leur servir. Il est quelquefois sans inconv\u00e9nient de remettre \u00e0 plus tard son travail. Mais, s&#8217;il s&#8217;agit des baobabs, c&#8217;est toujours une catastrophe. J&#8217;ai connu une plan\u00e8te, habit\u00e9e par un paresseux. Il avait n\u00e9glig\u00e9 trois arbustes&#8230;&#8221;<\/p>\n<p>Et, sur les indications du petit prince, j&#8217;ai dessin\u00e9 cette plan\u00e8te-l\u00e0. Je n&#8217;aime gu\u00e8re prendre le ton d&#8217;un moraliste. Mais le danger des baobabs est si peu connu, et les risques courus par celui qui s&#8217;\u00e9garerait dans un ast\u00e9ro\u00efde sont si consid\u00e9rables, que, pour une fois, je fais exception \u00e0 ma r\u00e9serve. Je dis: &#8220;Enfants! Faites attention aux baobabs !&#8221; C&#8217;est pour avertir mes amis d&#8217;un danger qu&#8217;ils fr\u00f4laient depuis longtemps, comme moi-m\u00eame, sans le conna\u00eetre, que j&#8217;ai tant travaill\u00e9 ce dessin-l\u00e0. La le\u00e7on que je donnais en valait la peine. Vous vous demanderez peut-\u00eatre: Pourquoi n&#8217;y a-t-il pas, dans ce livre, d&#8217;autres dessins aussi grandioses que le dessin des baobabs ? La r\u00e9ponse est bien simple: J&#8217;ai essay\u00e9 mais je n&#8217;ai pas pu r\u00e9ussir. Quand j&#8217;ai dessin\u00e9 les baobabs j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 anim\u00e9 par le sentiment de l&#8217;urgence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE VI<\/span><\/strong><\/center>Ah! petit prince, j&#8217;ai compris, peu \u00e0 peu, ainsi, ta petite vie m\u00e9lancolique. Tu n&#8217;avais eu longtemps pour distraction que la douceur des couchers de soleil. J&#8217;ai appris ce d\u00e9tail nouveau, le quatri\u00e8me jour au matin, quand tu m&#8217;as dit:<\/p>\n<p>&#8211; J&#8217;aime bien les couchers de soleil. Allons voir un coucher de soleil&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Mais il faut attendre&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Attendre quoi ?<\/p>\n<p>&#8211; Attendre que le soleil se couche.<\/p>\n<p>Tu as eu l&#8217;air tr\u00e8s surpris d&#8217;abord, et puis tu as ri de toi-m\u00eame. Et tu m&#8217;as dit:<\/p>\n<p>&#8211; Je me crois toujours chez moi !<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/17.jpg\" alt=\"\" width=\"379\" height=\"247\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>En effet. Quand il est midi aux \u00c9tats-Unis, le soleil, tout le monde le sait, se couche sur la France. Il suffirait de pouvoir aller en France en une minute pour assister au coucher de soleil. Malheureusement la France est bien trop \u00e9loign\u00e9e. Mais, sur ta si petite plan\u00e8te, il te suffisait de tirer ta chaise de quelques pas. Et tu regardais le cr\u00e9puscule chaque fois que tu le d\u00e9sirais&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Un jour, j&#8217;ai vu le soleil se coucher quarante-trois fois !<\/p>\n<p>Et un peu plus tard tu ajoutais:<\/p>\n<p>&#8211; Tu sais&#8230; quand on est tellement triste on aime les couchers de soleil&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Le jour des quarante-trois fois tu \u00e9tais donc tellement triste ? Mais le petit prince ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE VII<\/span><\/strong><\/center>Le cinqui\u00e8me jour, toujours gr\u00e2ce au mouton, ce secret de la vie du petit prince me fut r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Il me demanda avec brusquerie, sans pr\u00e9ambule, comme le fruit d&#8217;un probl\u00e8me longtemps m\u00e9dit\u00e9 en silence:<\/p>\n<p>&#8211; Un mouton, s&#8217;il mange les arbustes, il mange aussi les fleurs ?<\/p>\n<p>&#8211; Un mouton mange tout ce qu&#8217;il rencontre.<\/p>\n<p>&#8211; M\u00eame les fleurs qui ont des \u00e9pines ?<\/p>\n<p>&#8211; Oui. M\u00eame les fleurs qui ont des \u00e9pines.<\/p>\n<p>&#8211; Alors les \u00e9pines, \u00e0 quoi servent-elles ?<\/p>\n<p>Je ne le savais pas. J&#8217;\u00e9tais alors tr\u00e8s occup\u00e9 \u00e0 essayer de d\u00e9visser un boulon trop serr\u00e9 de mon moteur. J&#8217;\u00e9tais tr\u00e8s soucieux car ma panne commen\u00e7ait de m&#8217;appara\u00eetre comme tr\u00e8s grave, et l&#8217;eau \u00e0 boire qui s&#8217;\u00e9puisait me faisait craindre le pire.<\/p>\n<p>&#8211; Les \u00e9pines, \u00e0 quoi servent-elles ?<\/p>\n<p>Le petit prince ne renon\u00e7ait jamais \u00e0 une question, une fois qu&#8217;il l&#8217;avait pos\u00e9e. J&#8217;\u00e9tais irrit\u00e9 par mon boulon et je r\u00e9pondis n&#8217;importe quoi:<\/p>\n<p>&#8211; Les \u00e9pines, \u00e7a ne sert \u00e0 rien, c&#8217;est de la pure m\u00e9chancet\u00e9 de la part des fleurs !<\/p>\n<p>&#8211; Oh!<\/p>\n<p>Mais apr\u00e8s un silence il me lan\u00e7a, avec une sorte de rancune:<\/p>\n<p>&#8211; Je ne te crois pas ! Les fleurs sont faibles. Elles sont na\u00efves. Elles se rassurent comme elles peuvent. Elles se croient terribles avec leurs \u00e9pines&#8230;<\/p>\n<p>Je ne r\u00e9pondis rien. A cet instant-l\u00e0 je me disais: &#8220;Si ce boulon r\u00e9siste encore, je le ferai sauter d&#8217;un coup de marteau.&#8221; Le petit prince d\u00e9rangea de nouveau mes r\u00e9flexions:<\/p>\n<p>&#8211; Et tu crois, toi, que les fleurs&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Mais non ! Mais non ! Je ne crois rien ! J&#8217;ai r\u00e9pondu n&#8217;importe quoi. Je m&#8217;occupe, moi, de choses s\u00e9rieuses !<\/p>\n<p>Il me regarda stup\u00e9fiait.<\/p>\n<p>&#8211; De choses s\u00e9rieuses !<\/p>\n<p>Il me voyait, mon marteau \u00e0 la main, et les doigts noirs de cambouis, pench\u00e9 sur un objet qui lui semblait tr\u00e8s laid.<\/p>\n<p>&#8211; Tu parles comme les grandes personnes !<\/p>\n<p>\u00c7a me fit un peu honte. Mais, impitoyable, il ajouta:<\/p>\n<p>&#8211; Tu confonds tout&#8230; tu m\u00e9langes tout !<\/p>\n<p>Il \u00e9tait vraiment tr\u00e8s irrit\u00e9. Il secouait au vent des cheveux tout dor\u00e9s:<\/p>\n<p>&#8211; Je connais une plan\u00e8te o\u00f9 il y a un Monsieur cramoisi. Il n&#8217;a jamais respir\u00e9 une fleur. Il n&#8217;a jamais regard\u00e9 une \u00e9toile. Il n&#8217;a jamais aim\u00e9 personne. Il n&#8217;a jamais rien fait d&#8217;autre que des additions. Et toute la journ\u00e9e il r\u00e9p\u00e8te comme toi: &#8220;Je suis un homme s\u00e9rieux ! Je suis un homme s\u00e9rieux !&#8221; et \u00e7a le fait gonfler d&#8217;orgueil. Mais ce n&#8217;est pas un homme, c&#8217;est un champignon !<\/p>\n<p>&#8211; Un quoi ?<\/p>\n<p>&#8211; Un champignon !<\/p>\n<p>Le petit prince \u00e9tait maintenant tout p\u00e2le de col\u00e8re.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/18.jpg\" alt=\"\" width=\"193\" height=\"211\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Il y a des millions d&#8217;ann\u00e9es que les fleurs fabriquent des \u00e9pines. Il y a des millions d&#8217;ann\u00e9es que les moutons mangent quand m\u00eame les fleurs. Et ce n&#8217;est pas s\u00e9rieux de chercher \u00e0 comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal pour se fabriquer des \u00e9pines qui ne servent jamais \u00e0 rien ? Ce n&#8217;est pas important la guerre des moutons et des fleurs ? Ce n&#8217;est pas plus s\u00e9rieux et plus important que les additions d&#8217;un gros Monsieur rouge ? Et si je connais, moi, une fleur unique au monde, qui n&#8217;existe nulle part, sauf dans ma plan\u00e8te, et qu&#8217;un petit mouton peut an\u00e9antir d&#8217;un seul coup, comme \u00e7a, un matin, sans se rendre compte de ce qu&#8217;il fait, ce n&#8217;est pas important \u00e7a!<\/p>\n<p>Il rougit, puis reprit:<\/p>\n<p>&#8211; Si quelqu&#8217;un aime une fleur qui n&#8217;existe qu&#8217;\u00e0 un exemplaire dans les millions et les millions d&#8217;\u00e9toiles, \u00e7a suffit pour qu&#8217;il soit heureux quand il les regarde. Il se dit: &#8220;Ma fleur est l\u00e0 quelque part&#8230;&#8221; Mais si le mouton mange la fleur, c&#8217;est pour lui comme si, brusquement, toutes les \u00e9toiles s&#8217;\u00e9teignaient ! Et ce n&#8217;est pas important \u00e7a !<\/p>\n<p>Il ne put rien dire de plus. Il \u00e9clata brusquement en sanglots. La nuit \u00e9tait tomb\u00e9e. J&#8217;avais l\u00e2ch\u00e9 mes outils. Je me moquais bien de mon marteau, de mon boulon, de la soif et de la mort. Il y avait, sur une \u00e9toile, une plan\u00e8te, la mienne, la Terre, un petit prince \u00e0 consoler ! Je le pris dans les bras. Je le ber\u00e7ai. Je lui disais: &#8220;La fleur que tu aimes n&#8217;est pas en danger&#8230; Je lui dessinerai une museli\u00e8re, \u00e0 ton mouton&#8230; Je te dessinerai une armure pour ta fleur&#8230; Je&#8230;&#8221; Je ne savais pas trop quoi dire. Je me sentais tr\u00e8s maladroit. Je ne savais comment l&#8217;atteindre, o\u00f9 le rejoindre&#8230; C&#8217;est tellement myst\u00e9rieux, le pays des larmes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE VIII<\/span><\/strong><\/center>J&#8217;appris bien vite \u00e0 mieux conna\u00eetre cette fleur. Il y avait toujours eu, sur la plan\u00e8te du petit prince, des fleurs tr\u00e8s simples, orn\u00e9es d&#8217;un seul rang de p\u00e9tales, et qui ne tenaient point de place, et qui ne d\u00e9rangeaient personne. Elles apparaissaient un matin dans l&#8217;herbe, et puis elles s&#8217;\u00e9teignaient le soir. Mais celle-l\u00e0 avait germ\u00e9 un jour, d&#8217;une graine apport\u00e9e d&#8217;on ne sait o\u00f9, et le petit prince avait surveill\u00e9 de tr\u00e8s pr\u00e8s cette brindille qui ne ressemblait pas aux autres brindilles. \u00c7a pouvait \u00eatre un nouveau genre de baobab. Mais l&#8217;arbuste cessa vite de cro\u00eetre, et commen\u00e7a de pr\u00e9parer une fleur. Le petit prince, qui assistait \u00e0 l&#8217;installation d&#8217;un bouton \u00e9norme, sentait bien qu&#8217;il en sortirait une apparition miraculeuse, mais la fleur n&#8217;en finissait pas de se pr\u00e9parer \u00e0 \u00eatre belle, \u00e0 l&#8217;abri de sa chambre verte. Elle choisissait avec soin ses couleurs. Elle s&#8217;habillait lentement, elle ajustait un \u00e0 un ses p\u00e9tales. Elle ne voulait pas sortir toute frip\u00e9e comme les coquelicots. Elle ne voulait appara\u00eetre que dans le plein rayonnement de sa beaut\u00e9. Eh! oui. Elle \u00e9tait tr\u00e8s coquette ! Sa toilette myst\u00e9rieuse avait donc dur\u00e9 des jours et des jours. Et puis voici qu&#8217;un matin, justement \u00e0 l&#8217;heure du lever du soleil, elle s&#8217;\u00e9tait montr\u00e9e.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/19.jpg\" alt=\"\" width=\"281\" height=\"281\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>Et elle, qui avait travaill\u00e9 avec tant de pr\u00e9cision, dit en b\u00e2illant:<\/p>\n<p>&#8211; Ah! Je me r\u00e9veille \u00e0 peine&#8230; Je vous demande pardon&#8230; Je suis encore toute d\u00e9coiff\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p>Le petit prince, alors, ne put contenir son admiration:<\/p>\n<p>&#8211; Que vous \u00eates belle !<\/p>\n<p>&#8211; N&#8217;est-ce pas, r\u00e9pondit doucement la fleur. Et je suis n\u00e9e en m\u00eame temps que le soleil&#8230;<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/20.jpg\" alt=\"\" width=\"273\" height=\"225\" align=\"left\" \/><\/p>\n<p>Le petit prince devina bien qu&#8217;elle n&#8217;\u00e9tait pas trop modeste, mais elle \u00e9tait si \u00e9mouvante !<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est l&#8217;heure, je crois, du petit d\u00e9jeuner, avait-elle bient\u00f4t ajout\u00e9, auriez-vous la bont\u00e9 de penser \u00e0 moi&#8230;<\/p>\n<p>Et le petit prince, tout confus, ayant \u00e9t\u00e9 chercher un arrosoir d&#8217;eau fra\u00eeche, avait servi la fleur.<\/p>\n<p>Ainsi l&#8217;avait-elle bien vite tourment\u00e9 par sa vanit\u00e9 un peu ombrageuse. Un jour, par exemple, parlant de ses quatre \u00e9pines, elle avait dit au petit prince:<\/p>\n<p>&#8211; Ils peuvent venir, les tigres, avec leurs griffes !<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/21.gif\" alt=\"\" width=\"383\" height=\"309\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Il n&#8217;y a pas de tigres sur ma plan\u00e8te, avait object\u00e9 le petit prince, et puis les tigres ne mangent pas l&#8217;herbe.<\/p>\n<p>&#8211; Je ne suis pas une herbe, avait doucement r\u00e9pondu la fleur.<\/p>\n<p>&#8211; Pardonnez-moi&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Je ne crains rien des tigres, mais j&#8217;ai horreur des courants d&#8217;air. Vous n&#8217;auriez pas un paravent ?<\/p>\n<p>&#8220;Horreur des courants d&#8217;air&#8230; ce n&#8217;est pas de chance, pour une plante, avait remarqu\u00e9 le petit prince. Cette fleur est bien compliqu\u00e9e&#8230;&#8221;<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/22.jpg\" alt=\"\" width=\"162\" height=\"210\" align=\"left\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Le soir vous me mettrez sous globe. Il fait tr\u00e8s froid chez vous. C&#8217;est mal install\u00e9. L\u00e0 d&#8217;o\u00f9 je viens&#8230;<\/p>\n<p>Mais elle s&#8217;\u00e9tait interrompue. Elle \u00e9tait venue sous forme de graine. Elle n&#8217;avait rien pu conna\u00eetre des autres mondes. Humili\u00e9e de s&#8217;\u00eatre laiss\u00e9 surprendre \u00e0 pr\u00e9parer un mensonge aussi na\u00eff, elle avait touss\u00e9 deux ou trois fois, pour mettre le petit prince dans son tort:<\/p>\n<p>&#8211; Ce paravent ?&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; J&#8217;allais le chercher mais vous me parliez !<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/23.jpg\" alt=\"\" width=\"303\" height=\"281\" align=\"right\" \/><\/p>\n<p>Alors elle avait forc\u00e9 sa toux pour lui infliger quand m\u00eame des remords.<\/p>\n<p>Ainsi le petit prince, malgr\u00e9 la bonne volont\u00e9 de son amour, avait vite dout\u00e9 d&#8217;elle. Il avait pris au s\u00e9rieux des mots sans importance, et \u00e9tait devenu tr\u00e8s malheureux.<\/p>\n<p>&#8220;J&#8217;aurais d\u00fb ne pas l&#8217;\u00e9couter, me confia-t-il un jour, il ne faut jamais \u00e9couter les fleurs. Il faut les regarder et les respirer. La mienne embaumait ma plan\u00e8te, mais je ne savais pas m&#8217;en r\u00e9jouir. Cette histoire de griffes, qui m&#8217;avait tellement agac\u00e9, e\u00fbt d\u00fb m&#8217;attendrir&#8230;&#8221;<\/p>\n<p>Il me confia encore:<br \/>\n&#8220;Je n&#8217;ai alors rien su comprendre ! J&#8217;aurais d\u00fb la juger sur les actes et non sur les mots. Elle m&#8217;embaumait et m&#8217;\u00e9clairait. Je n&#8217;aurais jamais d\u00fb m&#8217;enfuir ! J&#8217;aurais d\u00fb deviner sa tendresse derri\u00e8re ses pauvres ruses. Les fleurs sont si contradictoires ! Mais j&#8217;\u00e9tais trop jeune pour savoir l&#8217;aimer.&#8221;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE IX<\/span><\/strong><\/center><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/24.jpg\" alt=\"\" width=\"332\" height=\"428\" align=\"right\" \/><br \/>\nJe crois qu&#8217;il profita, pour son \u00e9vasion, d&#8217;une migration d&#8217;oiseaux sauvages. Au matin du d\u00e9part il mit sa plan\u00e8te bien en ordre. Il ramona soigneusement ses volcans en activit\u00e9. Il poss\u00e9dait deux volcans en activit\u00e9. Et c&#8217;\u00e9tait bien commode pour faire chauffer le petit d\u00e9jeuner du matin. Il poss\u00e9dait aussi un volcan \u00e9teint. Mais, comme il disait, &#8220;On ne sait jamais !&#8221; Il ramona donc \u00e9galement le volcan \u00e9teint. S&#8217;ils sont bien ramon\u00e9s, les volcans br\u00fblent doucement et r\u00e9guli\u00e8rement, sans \u00e9ruptions. Les \u00e9ruptions volcaniques sont comme des feux de chemin\u00e9e. \u00c9videmment sur notre terre nous sommes beaucoup trop petits pour ramoner nos volcans. C&#8217;est pourquoi ils nous causent des tas d&#8217;ennuis.<\/p>\n<p>Le petit prince arracha aussi, avec un peu de m\u00e9lancolie, les derni\u00e8res pousses de baobabs. Il croyait ne jamais devoir revenir. Mais tous ces travaux familiers lui parurent, ce matin-l\u00e0, extr\u00eamement doux. Et, quand il arrosa une derni\u00e8re fois la fleur, et se pr\u00e9para \u00e0 la mettre \u00e0 l&#8217;abri sous son globe, il se d\u00e9couvrit l&#8217;envie de pleurer.<\/p>\n<p>&#8211; Adieu, dit-il \u00e0 la fleur.<\/p>\n<p>Mais elle ne lui r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>&#8211; Adieu, r\u00e9p\u00e9ta-t-il.<\/p>\n<p>La fleur toussa. Mais ce n&#8217;\u00e9tait pas \u00e0 cause de son rhume.<\/p>\n<p>&#8211; J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 sotte, lui dit-elle enfin. Je te demande pardon. T\u00e2che d&#8217;\u00eatre heureux.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/25.jpg\" alt=\"\" width=\"410\" height=\"575\" align=\"left\" \/><\/p>\n<p>Il fut surpris par l&#8217;absence de reproches. Il restait l\u00e0 tout d\u00e9concert\u00e9, le globe en l&#8217;air. Il ne comprenait pas cette douceur calme.<\/p>\n<p>&#8211; Mais oui, je t&#8217;aime, lui dit la fleur. Tu n&#8217;en as rien su, par ma faute. Cela n&#8217;a aucune importance. Mais tu as \u00e9t\u00e9 aussi sot que moi. T\u00e2che d&#8217;\u00eatre heureux&#8230; Laisse ce globe tranquille. Je n&#8217;en veux plus.<\/p>\n<p>&#8211; Mais le vent&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Je ne suis pas si enrhum\u00e9e que \u00e7a&#8230; L&#8217;air frais de la nuit me fera du bien. Je suis une fleur.<\/p>\n<p>&#8211; Mais les b\u00eates&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Il faut bien que je supporte deux ou trois chenilles si je veux conna\u00eetre les papillons. Il para\u00eet que c&#8217;est tellement beau. Sinon qui me rendra visite ? Tu seras loin, toi. Quant aux grosses b\u00eates, je ne crains rien. J&#8217;ai mes griffes.<\/p>\n<p>Et elle montrait na\u00efvement ses quatre \u00e9pines. Puis elle ajouta:<\/p>\n<p>&#8211; Ne tra\u00eene pas comme \u00e7a, c&#8217;est aga\u00e7ant. Tu as d\u00e9cid\u00e9 de partir. Va-t&#8217;en.<\/p>\n<p>Car elle ne voulait pas qu&#8217;il la v\u00eet pleurer. C&#8217;\u00e9tait une fleur tellement orgueilleuse&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE X<\/span><\/strong><\/center>Il se trouvait dans la r\u00e9gion des ast\u00e9ro\u00efdes 325, 326, 327, 328, 329 et 330. Il commen\u00e7a donc par les visiter pour y chercher une occupation et pour s&#8217;instruire.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9tait habit\u00e9e par un roi. Le roi si\u00e9geait, habill\u00e9 de pourpre et d&#8217;hermine, sur un tr\u00f4ne tr\u00e8s simple et cependant majestueux.<\/p>\n<p>&#8211; Ah! Voil\u00e0 un sujet, s&#8217;\u00e9cria le roi quand il aper\u00e7ut le petit prince.<\/p>\n<p>Et le petit prince se demanda:<\/p>\n<p>&#8211; Comment peut-il me reconna\u00eetre puisqu&#8217;il ne m&#8217;a encore jamais vu !<\/p>\n<p>Il ne savait pas que, pour les rois, le monde est tr\u00e8s simplifi\u00e9. Tous les hommes sont des sujets.<\/p>\n<p>&#8211; Approche-toi que je te voie mieux, lui dit le roi qui \u00e9tait tout fier d&#8217;\u00eatre roi pour quelqu&#8217;un.<\/p>\n<p>Le petit prince chercha des yeux o\u00f9 s&#8217;asseoir, mais la plan\u00e8te \u00e9tait toute encombr\u00e9e par le magnifique manteau d&#8217;hermine. Il resta donc debout, et, comme il \u00e9tait fatigu\u00e9, il b\u00e2illa.<\/p>\n<p>&#8211; Il est contraire \u00e0 l&#8217;\u00e9tiquette de b\u00e2iller en pr\u00e9sence d&#8217;un roi, lui dit le monarque. Je te l&#8217;interdis.<\/p>\n<p>&#8211; Je ne peux pas m&#8217;en emp\u00eacher, r\u00e9pondit le petit prince tout confus. J&#8217;ai fait un long voyage et je n&#8217;ai pas dormi&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Alors, lui dit le roi, je t&#8217;ordonne de b\u00e2iller. Je n&#8217;ai vu personne b\u00e2iller depuis des ann\u00e9es. Les b\u00e2illements sont pour moi des curiosit\u00e9s. Allons! b\u00e2ille encore. C&#8217;est un ordre.<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a m&#8217;intimide&#8230; je ne peux plus&#8230; fit le petit prince tout rougissant.<\/p>\n<p>&#8211; Hum! Hum! r\u00e9pondit le roi. Alors je&#8230; je t&#8217;ordonne tant\u00f4t de b\u00e2iller et tant\u00f4t de&#8230;<\/p>\n<p>Il bredouillait un peu et paraissait vex\u00e9.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/26.jpg\" alt=\"\" width=\"214\" height=\"339\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>Car le roi tenait essentiellement \u00e0 ce que son autorit\u00e9 f\u00fbt respect\u00e9e. Il ne tol\u00e9rait pas la d\u00e9sob\u00e9issance. C&#8217;\u00e9tait un monarque absolu. Mais, comme il \u00e9tait tr\u00e8s bon, il donnait des ordres raisonnables.<\/p>\n<p>&#8220;Si j&#8217;ordonnais, disait-il couramment, si j&#8217;ordonnais \u00e0 un g\u00e9n\u00e9ral de se changer en oiseau de mer, et si le g\u00e9n\u00e9ral n&#8217;ob\u00e9issait pas, ce ne serait pas la faute du g\u00e9n\u00e9ral. Ce serait ma faute.&#8221;<\/p>\n<p>&#8211; Puis-je m&#8217;asseoir ? s&#8217;enquit timidement le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Je t&#8217;ordonne de t&#8217;asseoir, lui r\u00e9pondit le roi, qui ramena majestueusement un pan de son manteau d&#8217;hermine.<\/p>\n<p>Mais le petit prince s&#8217;\u00e9tonnait. La plan\u00e8te \u00e9tait minuscule. Sur quoi le roi pouvait-il bien r\u00e9gner ?<\/p>\n<p>&#8211; Sire, lui dit-il&#8230; je vous demande pardon de vous interroger&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Je t&#8217;ordonne de m&#8217;interroger, se h\u00e2ta de dire le roi.<\/p>\n<p>&#8211; Sire&#8230; sur quoi r\u00e9gnez-vous ?<\/p>\n<p>&#8211; Sur tout, r\u00e9pondit le roi, avec une grande simplicit\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; Sur tout ?<\/p>\n<p>Le roi d&#8217;un geste discret d\u00e9signa sa plan\u00e8te, les autres plan\u00e8tes et les \u00e9toiles.<\/p>\n<p>&#8211; Sur tout \u00e7a ? dit le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Sur tout \u00e7a&#8230; r\u00e9pondit le roi.<\/p>\n<p>Car non seulement c&#8217;\u00e9tait un monarque absolu mais c&#8217;\u00e9tait un monarque universel.<\/p>\n<p>&#8211; Et les \u00e9toiles vous ob\u00e9issent ?<\/p>\n<p>&#8211; Bien s\u00fbr, lui dit le roi. Elles ob\u00e9issent aussit\u00f4t. Je ne tol\u00e8re pas l&#8217;indiscipline.<\/p>\n<p>Un tel pouvoir \u00e9merveilla le petit prince. S&#8217;il l&#8217;avait d\u00e9tenu lui-m\u00eame, il aurait pu assister, non pas \u00e0 quarante-quatre, mais \u00e0 soixante-douze, ou m\u00eame \u00e0 cent, ou m\u00eame \u00e0 deux cents couchers de soleil dans la m\u00eame journ\u00e9e, sans avoir jamais \u00e0 tirer sa chaise ! Et comme il se sentait un peu triste \u00e0 cause du souvenir de sa petite plan\u00e8te abandonn\u00e9e, il s&#8217;enhardit \u00e0 solliciter une gr\u00e2ce du roi:<\/p>\n<p>&#8211; Je voudrais voir un coucher de soleil&#8230; Faites-moi plaisir&#8230; Ordonnez au soleil de se coucher&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Si j&#8217;ordonnais \u00e0 un g\u00e9n\u00e9ral de voler d&#8217;une fleur \u00e0 l&#8217;autre \u00e0 la fa\u00e7on d&#8217;un papillon, ou d&#8217;\u00e9crire une trag\u00e9die, ou de se changer en oiseau de mer, et si le g\u00e9n\u00e9ral n&#8217;ex\u00e9cutait pas l&#8217;ordre re\u00e7u, qui, de lui ou de moi, serait dans son tort ?<\/p>\n<p>&#8211; Ce serait vous, dit fermement le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Exact. Il faut exiger de chacun ce que chacun peut donner, reprit le roi. L&#8217;autorit\u00e9 repose d&#8217;abord sur la raison. Si tu ordonnes \u00e0 ton peuple d&#8217;aller se jeter \u00e0 la mer, il fera la r\u00e9volution. J&#8217;ai le droit d&#8217;exiger l&#8217;ob\u00e9issance parce que mes ordres sont raisonnables.<\/p>\n<p>&#8211; Alors mon coucher de soleil ? rappela le petit prince qui jamais n&#8217;oubliait une question une fois qu&#8217;il l&#8217;avait pos\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8211; Ton coucher de soleil, tu l&#8217;auras. Je l&#8217;exigerai. Mais j&#8217;attendrai, dans ma science du gouvernement, que les conditions soient favorables.<\/p>\n<p>&#8211; Quand \u00e7a sera-t-il ? s&#8217;informa le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Hem! Hem! lui r\u00e9pondit le roi, qui consulta d&#8217;abord un gros calendrier, hem! hem! ce sera, vers&#8230; vers&#8230; ce sera ce soir vers sept heures quarante ! Et tu verras comme je suis bien ob\u00e9i.<\/p>\n<p>Le petit prince b\u00e2illa. Il regrettait son coucher de soleil manqu\u00e9. Et puis il s&#8217;ennuyait d\u00e9j\u00e0 un peu:<\/p>\n<p>&#8211; Je n&#8217;ai plus rien \u00e0 faire ici, dit-il au roi. Je vais repartir !<\/p>\n<p>&#8211; Ne pars pas, r\u00e9pondit le roi qui \u00e9tait si fier d&#8217;avoir un sujet. Ne pars pas, je te fais ministre !<\/p>\n<p>&#8211; Ministre de quoi ?<\/p>\n<p>&#8211; De&#8230; de la justice !<\/p>\n<p>&#8211; Mais il n&#8217;y a personne \u00e0 juger !<\/p>\n<p>&#8211; On ne sait pas, lui dit le roi. Je n&#8217;ai pas fait encore le tour de mon royaume. Je suis tr\u00e8s vieux, je n&#8217;ai pas de place pour un carrosse, et \u00e7a me fatigue de marcher.<\/p>\n<p>&#8211; Oh! Mais j&#8217;ai d\u00e9j\u00e0 vu, dit le petit prince qui se pencha pour jeter encore un coup d&#8217;\u0153il sur l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la plan\u00e8te. Il n&#8217;y a personne l\u00e0-bas non plus&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Tu te jugeras donc toi-m\u00eame, lui r\u00e9pondit le roi. C&#8217;est le plus difficile. Il est bien plus difficile de se juger soi-m\u00eame que de juger autrui. Si tu r\u00e9ussis \u00e0 bien te juger, c&#8217;est que tu es un v\u00e9ritable sage.<\/p>\n<p>&#8211; Moi, dit le petit prince, je puis me juger moi-m\u00eame n&#8217;importe o\u00f9. Je n&#8217;ai pas besoin d&#8217;habiter ici.<\/p>\n<p>&#8211; Hem! Hem! dit le roi, je crois bien que sur ma plan\u00e8te il y a quelque part un vieux rat. Je l&#8217;entends la nuit. Tu pourras juger ce vieux rat. Tu le condamneras \u00e0 mort de temps en temps. Ainsi sa vie d\u00e9pendra de ta justice. Mais tu le gracieras chaque fois pour l&#8217;\u00e9conomiser. Il n&#8217;y en a qu&#8217;un.<\/p>\n<p>&#8211; Moi, r\u00e9pondit le petit prince, je n&#8217;aime pas condamner \u00e0 mort, et je crois bien que je m&#8217;en vais.<\/p>\n<p>&#8211; Non, dit le roi.<\/p>\n<p>Mais le petit prince, ayant achev\u00e9 ses pr\u00e9paratifs, ne voulut point peiner le vieux monarque:<\/p>\n<p>&#8211; Si Votre Majest\u00e9 d\u00e9sirait \u00eatre ob\u00e9ie ponctuellement, elle pourrait me donner un ordre raisonnable. Elle pourrait m&#8217;ordonner, par exemple, de partir avant une minute. Il me semble que les conditions sont favorables&#8230;<\/p>\n<p>Le roi n&#8217;ayant rien r\u00e9pondu, le petit prince h\u00e9sita d&#8217;abord, puis, avec un soupir, prit le d\u00e9part.<\/p>\n<p>&#8211; Je te fais mon ambassadeur, se h\u00e2ta alors de crier le roi.<\/p>\n<p>Il avait un grand air d&#8217;autorit\u00e9.<\/p>\n<p>Les grandes personnes sont bien \u00e9tranges, se dit le petit prince, en lui-m\u00eame, durant son voyage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XI<\/span><\/strong><\/center>La seconde plan\u00e8te \u00e9tait habit\u00e9e par un vaniteux:<\/p>\n<p>&#8211; Ah! Ah! Voil\u00e0 la visite d&#8217;un admirateur ! s&#8217;\u00e9cria de loin le vaniteux d\u00e8s qu&#8217;il aper\u00e7ut le petit prince.<\/p>\n<p>Car, pour les vaniteux, les autres hommes sont des admirateurs.<\/p>\n<p>&#8211; Bonjour, dit le petit prince. Vous avez un dr\u00f4le de chapeau.<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est pour saluer, lui r\u00e9pondit le vaniteux. C&#8217;est pour saluer quand on m&#8217;acclame. Malheureusement il ne passe jamais personne par ici.<\/p>\n<p>&#8211; Ah oui ? dit le petit prince qui ne comprit pas.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/27.jpg\" alt=\"\" width=\"232\" height=\"383\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Frappe tes mains l&#8217;une contre l&#8217;autre, conseilla donc le vaniteux.<\/p>\n<p>Le petit prince frappa ses mains l&#8217;une contre l&#8217;autre. Le vaniteux salua modestement en soulevant son chapeau.<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a c&#8217;est plus amusant que la visite au roi, se dit en lui-m\u00eame le petit prince. Et il recommen\u00e7a de frapper ses mains l&#8217;une contre l&#8217;autre. Le vaniteux recommen\u00e7a de saluer en soulevant son chapeau.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cinq minutes d&#8217;exercice le petit prince se fatigua de la monotonie du jeu:<\/p>\n<p>&#8211; Et, pour que le chapeau tombe, demanda-t-il, que faut-il faire ?<\/p>\n<p>Mais le vaniteux ne l&#8217;entendit pas. Les vaniteux n&#8217;entendent jamais que les louanges.<\/p>\n<p>&#8211; Est-ce que tu m&#8217;admires vraiment beaucoup ? demanda-t-il au petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Qu&#8217;est-ce que signifie admirer ?<\/p>\n<p>&#8211; Admirer signifie reconna\u00eetre que je suis l&#8217;homme le plus beau, le mieux habill\u00e9, le plus riche et le plus intelligent de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>&#8211; Mais tu es seul sur ta plan\u00e8te !<\/p>\n<p>&#8211; Fais-moi ce plaisir. Admire-moi quand m\u00eame !<\/p>\n<p>&#8211; Je t&#8217;admire, dit le petit prince, en haussant un peu les \u00e9paules, mais en quoi cela peut-il bien t&#8217;int\u00e9resser ?<\/p>\n<p>Et le petit prince s&#8217;en fut.<\/p>\n<p>Les grandes personnes sont d\u00e9cid\u00e9ment bien bizarres, se dit-il simplement en lui-m\u00eame durant son voyage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XII<\/span><\/strong><\/center>La plan\u00e8te suivante \u00e9tait habit\u00e9e par un buveur. Cette visite fut tr\u00e8s courte, mais elle plongea le petit prince dans une grande m\u00e9lancolie:<\/p>\n<p>&#8211; Que fais-tu l\u00e0 ? dit-il au buveur, qu&#8217;il trouva install\u00e9 en silence devant une collection de bouteilles vides et une collection de bouteilles pleines.<\/p>\n<p>&#8211; Je bois, r\u00e9pondit le buveur, d&#8217;un air lugubre.<\/p>\n<p>&#8211; Pourquoi bois-tu ? lui demanda le petit prince.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/28.gif\" alt=\"\" width=\"411\" height=\"284\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Pour oublier, r\u00e9pondit le buveur.<\/p>\n<p>&#8211; Pour oublier quoi ? s&#8217;enquit le petit prince qui d\u00e9j\u00e0 le plaignait.<\/p>\n<p>&#8211; Pour oublier que j&#8217;ai honte, avoua le buveur en baissant la t\u00eate.<\/p>\n<p>&#8211; Honte de quoi ? s&#8217;informa le petit prince qui d\u00e9sirait le secourir.<\/p>\n<p>&#8211; Honte de boire ! acheva le buveur qui s&#8217;enferma d\u00e9finitivement dans le silence.<\/p>\n<p>Et le petit prince s&#8217;en fut, perplexe.<\/p>\n<p>Les grandes personnes sont d\u00e9cid\u00e9ment tr\u00e8s tr\u00e8s bizarres, se disait-il en lui-m\u00eame durant le voyage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XIII<\/span><\/strong><\/center>La quatri\u00e8me plan\u00e8te \u00e9tait celle du businessman. Cet homme \u00e9tait si occup\u00e9 qu&#8217;il ne leva m\u00eame pas la t\u00eate \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e du petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Bonjour, lui dit celui-ci. Votre cigarette est \u00e9teinte.<\/p>\n<p>&#8211; Trois et deux font cinq. Cinq et sept douze. Douze et trois quinze. Bonjour. Quinze et sept vingt-deux. Vingt-deux et six vingt-huit. Pas le temps de la rallumer. Vingt-six et cinq trente et un. Ouf! \u00c7a fait donc cinq cent un millions six cent vingt-deux mille sept cent trente et un.<\/p>\n<p>&#8211; Cinq cents millions de quoi ?<\/p>\n<p>&#8211; Hein? Tu es toujours l\u00e0 ? Cinq cent un millions de&#8230; je ne sais plus&#8230; J&#8217;ai tellement de travail ! Je suis s\u00e9rieux, moi, je ne m&#8217;amuse pas \u00e0 des balivernes ! Deux et cinq sept&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Cinq cent un millions de quoi, r\u00e9p\u00e9ta le petit prince qui jamais de sa vie, n&#8217;avait renonc\u00e9 \u00e0 une question, une fois qu&#8217;il l&#8217;avait pos\u00e9e.<\/p>\n<p>Le businessman leva la t\u00eate:<\/p>\n<p>&#8211; Depuis cinquante-quatre ans que j&#8217;habite cette plan\u00e8te-ci, je n&#8217;ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9rang\u00e9 que trois fois. La premi\u00e8re fois \u00e7&#8217;a \u00e9t\u00e9, il y a vingt-deux ans, par un hanneton qui \u00e9tait tomb\u00e9 Dieu sait d&#8217;o\u00f9. Il r\u00e9pandait un bruit \u00e9pouvantable, et j&#8217;ai fait quatre erreurs dans une addition. La seconde fois \u00e7&#8217;a \u00e9t\u00e9, il y a onze ans, par une crise de rhumatisme. Je manque d&#8217;exercice. Je n&#8217;ai pas le temps de fl\u00e2ner. Je suis s\u00e9rieux, moi. La troisi\u00e8me fois&#8230; la voici ! Je disais donc cinq cent un millions&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Millions de quoi ?<\/p>\n<p>Le businessman comprit qu&#8217;il n&#8217;\u00e9tait point d&#8217;espoir de paix:<\/p>\n<p>&#8211; Millions de ces petites choses que l&#8217;on voit quelquefois dans le ciel.<\/p>\n<p>&#8211; Des mouches ?<\/p>\n<p>&#8211; Mais non, des petites choses qui brillent.<\/p>\n<p>&#8211; Des abeilles ?<\/p>\n<p>&#8211; Mais non. Des petites choses dor\u00e9es qui font r\u00eavasser les fain\u00e9ants. Mais je suis s\u00e9rieux, moi ! Je n&#8217;ai pas le temps de r\u00eavasser.<br \/>\n<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/29.gif\" alt=\"\" width=\"372\" height=\"287\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><br \/>\n&#8211; Ah! des \u00e9toiles ?<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est bien \u00e7a. Des \u00e9toiles.<\/p>\n<p>&#8211; Et que fais-tu de cinq cents millions d&#8217;\u00e9toiles ?<\/p>\n<p>&#8211; Cinq cent un millions six cent vingt-deux mille sept cent trente et un. Je suis s\u00e9rieux, moi, je suis pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>&#8211; Et que fais-tu de ces \u00e9toiles ?<\/p>\n<p>&#8211; Ce que j&#8217;en fais ?<\/p>\n<p>&#8211; Oui.<\/p>\n<p>&#8211; Rien. Je les poss\u00e8de.<\/p>\n<p>&#8211; Tu poss\u00e8des les \u00e9toiles ?<\/p>\n<p>&#8211; Oui.<\/p>\n<p>&#8211; Mais j&#8217;ai d\u00e9j\u00e0 vu un roi qui&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Les rois ne poss\u00e8dent pas. Ils &#8220;r\u00e8gnent&#8221; sur. C&#8217;est tr\u00e8s diff\u00e9rent.<\/p>\n<p>&#8211; Et \u00e0 quoi cela te sert-il de poss\u00e9der les \u00e9toiles ?<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a me sert \u00e0 \u00eatre riche.<\/p>\n<p>&#8211; Et \u00e0 quoi cela te sert-il d&#8217;\u00eatre riche ?<\/p>\n<p>&#8211; \u00c0 acheter d&#8217;autres \u00e9toiles, si quelqu&#8217;un en trouve.<\/p>\n<p>Celui-l\u00e0, se dit en lui-m\u00eame le petit prince, il raisonne un peu comme mon ivrogne.<\/p>\n<p>Cependant il posa encore des questions:<\/p>\n<p>&#8211; Comment peut-on poss\u00e9der les \u00e9toiles ?<\/p>\n<p>&#8211; \u00c0 qui sont-elles ? riposta, grincheux, le businessman.<\/p>\n<p>&#8211; Je ne sais pas.\u00a0\u00c0 personne.<\/p>\n<p>&#8211; Alors elles sont \u00e0 moi, car j&#8217;y ai pens\u00e9 le premier.<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a suffit ?<\/p>\n<p>&#8211; Bien s\u00fbr. Quand tu trouves un diamant qui n&#8217;est \u00e0 personne, il est \u00e0 toi. Quand tu trouves une \u00eele qui n&#8217;est \u00e0 personne, elle est \u00e0 toi. Quand tu as une id\u00e9e le premier, tu la fais breveter: elle est \u00e0 toi. Et moi je poss\u00e8de les \u00e9toiles, puisque jamais personne avant moi n&#8217;a song\u00e9 \u00e0 les poss\u00e9der.<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a c&#8217;est vrai, dit le petit prince. Et qu&#8217;en fais-tu ?<\/p>\n<p>&#8211; Je les g\u00e8re. Je les compte et je les recompte, dit le businessman. C&#8217;est difficile. Mais je suis un homme s\u00e9rieux !<\/p>\n<p>Le petit prince n&#8217;\u00e9tait pas satisfait encore.<\/p>\n<p>&#8211; Moi, si je poss\u00e8de un foulard, je puis le mettre autour de mon cou et l&#8217;emporter. Moi, si je poss\u00e8de une fleur, je puis cueillir ma fleur et l&#8217;emporter. Mais tu ne peux pas cueillir les \u00e9toiles!<\/p>\n<p>&#8211; Non, mais je puis les placer en banque.<\/p>\n<p>&#8211; Qu&#8217;est-ce que \u00e7a veut dire?<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a veut dire que j&#8217;\u00e9cris sur un petit papier le nombre de mes \u00e9toiles. Et puis j&#8217;enferme \u00e0 clef ce papier-l\u00e0 dans un tiroir.<\/p>\n<p>&#8211; Et c&#8217;est tout ?<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a suffit !<\/p>\n<p>C&#8217;est amusant, pensa le petit prince. C&#8217;est assez po\u00e9tique. Mais ce n&#8217;est pas tr\u00e8s s\u00e9rieux.<\/p>\n<p>Le petit prince avait sur les choses s\u00e9rieuses des id\u00e9es tr\u00e8s diff\u00e9rentes des id\u00e9es des grandes personnes.<\/p>\n<p>&#8211; Moi, dit-il encore, je poss\u00e8de une fleur que j&#8217;arrose tous les jours. Je poss\u00e8de trois volcans que je ramone toutes les semaines. Car je ramone aussi celui qui est \u00e9teint. On ne sait jamais. C&#8217;est utile \u00e0 mes volcans, et c&#8217;est utile \u00e0 ma fleur, que je les poss\u00e8de. Mais tu n&#8217;es pas utile aux \u00e9toiles&#8230;<\/p>\n<p>Le businessman ouvrit la bouche mais ne trouva rien \u00e0 r\u00e9pondre, et le petit prince s&#8217;en fut.<\/p>\n<p>Les grandes personnes sont d\u00e9cid\u00e9ment tout \u00e0 fait extraordinaires, se disait-il simplement en lui-m\u00eame durant le voyage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XIV<\/span><\/strong><\/center>La cinqui\u00e8me plan\u00e8te \u00e9tait tr\u00e8s curieuse. C&#8217;\u00e9tait la plus petite de toutes. Il y avait l\u00e0 juste assez de place pour loger un r\u00e9verb\u00e8re et un allumeur de r\u00e9verb\u00e8res. Le petit prince ne parvenait pas \u00e0 s&#8217;expliquer \u00e0 quoi pouvaient servir, quelque part dans le ciel, sur une plan\u00e8te sans maison, ni population, un r\u00e9verb\u00e8re et un allumeur de r\u00e9verb\u00e8res. Cependant il se dit en lui-m\u00eame:<\/p>\n<p>&#8211; Peut-\u00eatre bien que cet homme est absurde. Cependant il est moins absurde que le roi, que le vaniteux, que le businessman et que le buveur. Au moins son travail a-t-il un sens. Quand il allume son r\u00e9verb\u00e8re, c&#8217;est comme s&#8217;il faisait na\u00eetre une \u00e9toile de plus, ou une fleur. Quand il \u00e9teint son r\u00e9verb\u00e8re \u00e7a endort la fleur ou l&#8217;\u00e9toile. C&#8217;est une occupation tr\u00e8s jolie. C&#8217;est v\u00e9ritablement utile puisque c&#8217;est joli.<\/p>\n<p>Lorsqu&#8217;il aborda la plan\u00e8te il salua respectueusement l&#8217;allumeur:<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/30.jpg\" alt=\"\" width=\"307\" height=\"297\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Bonjour. Pourquoi viens-tu d&#8217;\u00e9teindre ton r\u00e9verb\u00e8re ?<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est la consigne, r\u00e9pondit l&#8217;allumeur. Bonjour.<\/p>\n<p>&#8211; Qu&#8217;est-ce que la consigne ?<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est d&#8217;\u00e9teindre mon r\u00e9verb\u00e8re. Bonsoir.<\/p>\n<p>Et il le ralluma.<\/p>\n<p>&#8211; Mais pourquoi viens-tu de le rallumer ?<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est la consigne, r\u00e9pondit l&#8217;allumeur.<\/p>\n<p>&#8211; Je ne comprends pas, dit le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Il n&#8217;y a rien \u00e0 comprendre, dit l&#8217;allumeur. La consigne c&#8217;est la consigne. Bonjour.<\/p>\n<p>Et il \u00e9teignit son r\u00e9verb\u00e8re.<\/p>\n<p>Puis il s&#8217;\u00e9pongea le front avec un mouchoir \u00e0 carreaux rouges.<\/p>\n<p>&#8211; Je fais l\u00e0 un m\u00e9tier terrible. C&#8217;\u00e9tait raisonnable autrefois. J&#8217;\u00e9teignais le matin et j&#8217;allumais le soir. J&#8217;avais le reste du jour pour me reposer, et le reste de la nuit pour dormir&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Et, depuis cette \u00e9poque, la consigne a chang\u00e9 ?<\/p>\n<p>&#8211; La consigne n&#8217;a pas chang\u00e9, dit l&#8217;allumeur. C&#8217;est bien l\u00e0 le drame ! La plan\u00e8te d&#8217;ann\u00e9e en ann\u00e9e a tourn\u00e9 de plus en plus vite, et la consigne n&#8217;a pas chang\u00e9 !<\/p>\n<p>&#8211; Alors? dit le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Alors maintenant qu&#8217;elle fait un tour par minute, je n&#8217;ai plus une seconde de repos. J&#8217;allume et j&#8217;\u00e9teins une fois par minute !<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a c&#8217;est dr\u00f4le ! Les jours chez toi durent une minute !<\/p>\n<p>&#8211; Ce n&#8217;est pas dr\u00f4le du tout, dit l&#8217;allumeur. \u00c7a fait d\u00e9j\u00e0 un mois que nous parlons ensemble.<\/p>\n<p>&#8211; Un mois ?<\/p>\n<p>&#8211; Oui. Trente minutes. Trente jours ! Bonsoir.<\/p>\n<p>Et il ralluma son r\u00e9verb\u00e8re.<\/p>\n<p>Le petit prince le regarda et il aima cet allumeur qui \u00e9tait tellement fid\u00e8le \u00e0 la consigne. Il se souvint des couchers de soleil que lui-m\u00eame allait autrefois chercher, en tirant sa chaise. Il voulut aider son ami:<\/p>\n<p>&#8211; Tu sais&#8230; je connais un moyen de te reposer quand tu voudras&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Je veux toujours, dit l&#8217;allumeur.<\/p>\n<p>Car on peut \u00eatre, \u00e0 la fois, fid\u00e8le et paresseux.<\/p>\n<p>Le petit prince poursuivit:<br \/>\n&#8211; Ta plan\u00e8te est tellement petite que tu en fais le tour en trois enjamb\u00e9es. Tu n&#8217;as qu&#8217;\u00e0 marcher assez lentement pour rester toujours au soleil. Quand tu voudras te reposer tu marcheras&#8230; et le jour durera aussi longtemps que tu voudras.<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a ne m&#8217;avance pas \u00e0 grand&#8217;chose, dit l&#8217;allumeur. Ce que j&#8217;aime dans la vie, c&#8217;est dormir.<\/p>\n<p>&#8211; Ce n&#8217;est pas de chance, dit le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Ce n&#8217;est pas de chance, dit l&#8217;allumeur. Bonjour.<\/p>\n<p>Et il \u00e9teignit son r\u00e9verb\u00e8re.<\/p>\n<p>Celui-l\u00e0, se dit le petit prince, tandis qu&#8217;il poursuivait plus loin son voyage, celui-l\u00e0 serait m\u00e9pris\u00e9 par tous les autres, par le roi, par le vaniteux, par le buveur, par le businessman. Cependant c&#8217;est le seul qui ne me paraisse pas ridicule. C&#8217;est, peut-\u00eatre, parce qu&#8217;il s&#8217;occupe d&#8217;autre chose que de soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Il eut un soupir de regret et se dit encore:<br \/>\n&#8211; Celui-l\u00e0 est le seul dont j&#8217;eusse pu faire mon ami. Mais sa plan\u00e8te est vraiment trop petite. Il n&#8217;y a pas de place pour deux&#8230;<\/p>\n<p>Ce que le petit prince n&#8217;osait pas s&#8217;avouer, c&#8217;est qu&#8217;il regrettait cette plan\u00e8te b\u00e9nie \u00e0 cause, surtout, des mille quatre cent quarante couchers de soleil par vingt-quatre heures !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XV<\/span><\/strong><\/center>La sixi\u00e8me plan\u00e8te \u00e9tait une plan\u00e8te dix fois plus vaste. Elle \u00e9tait habit\u00e9e par un vieux Monsieur qui \u00e9crivait d&#8217;\u00e9normes livres.<\/p>\n<p>&#8211; Tiens! voil\u00e0 un explorateur ! s&#8217;\u00e9cria-t-il, quand il aper\u00e7ut le petit prince.<\/p>\n<p>Le petit prince s&#8217;assit sur la table et souffla un peu. Il avait d\u00e9j\u00e0 tant voyag\u00e9 !<\/p>\n<p>&#8211; D&#8217;o\u00f9 viens-tu ? lui dit le vieux Monsieur.<\/p>\n<p>&#8211; Quel est ce gros livre ? dit le petit prince. Que faites-vous ici ?<\/p>\n<p>&#8211; Je suis g\u00e9ographe, dit le vieux Monsieur.<\/p>\n<p>&#8211; Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un g\u00e9ographe ?<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est un savant qui conna\u00eet o\u00f9 se trouvent les mers, les fleuves, les villes, les montagnes et les d\u00e9serts.<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a c&#8217;est bien int\u00e9ressant, dit le petit prince. \u00c7a c&#8217;est enfin un v\u00e9ritable m\u00e9tier ! Et il jeta un coup d&#8217;\u0153il autour de lui sur la plan\u00e8te du g\u00e9ographe. Il n&#8217;avait jamais vu encore une plan\u00e8te aussi majestueuse.<br \/>\n<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/31.jpg\" alt=\"\" width=\"356\" height=\"272\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><br \/>\n&#8211; Elle est bien belle, votre plan\u00e8te. Est-ce qu&#8217;il y a des oc\u00e9ans ?<\/p>\n<p>&#8211; Je ne puis pas le savoir, dit le g\u00e9ographe.<\/p>\n<p>&#8211; Ah! (Le petit prince \u00e9tait d\u00e9\u00e7u.) Et des montagnes ?<\/p>\n<p>&#8211; Je ne puis pas le savoir, dit le g\u00e9ographe.<\/p>\n<p>&#8211; Et des villes et des fleuves et des d\u00e9serts ?<\/p>\n<p>&#8211; Je ne puis pas le savoir non plus, dit le g\u00e9ographe.<\/p>\n<p>&#8211; Mais vous \u00eates g\u00e9ographe !<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est exact, dit le g\u00e9ographe, mais je ne suis pas explorateur. Je manque absolument d&#8217;explorateurs. Ce n&#8217;est pas le g\u00e9ographe qui va faire le compte des villes, des fleuves, des montagnes, des mers, des oc\u00e9ans et des d\u00e9serts. Le g\u00e9ographe est trop important pour fl\u00e2ner. Il ne quitte pas son bureau. Mais il y re\u00e7oit les explorateurs. Il les interroge, et il prend en note leurs souvenirs. Et si les souvenirs de l&#8217;un d&#8217;entre eux lui paraissent int\u00e9ressants, le g\u00e9ographe fait faire une enqu\u00eate sur la moralit\u00e9 de l&#8217;explorateur.<\/p>\n<p>&#8211; Pourquoi \u00e7a ?<\/p>\n<p>&#8211; Parce qu&#8217;un explorateur qui mentirait entra\u00eenerait des catastrophes dans les livres de g\u00e9ographie. Et aussi un explorateur qui boirait trop.<\/p>\n<p>&#8211; Pourquoi \u00e7a ? fit le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Parce que les ivrognes voient double. Alors le g\u00e9ographe noterait deux montagnes, l\u00e0 o\u00f9 il n&#8217;y en a qu&#8217;une seule.<\/p>\n<p>&#8211; Je connais quelqu&#8217;un, dit le petit prince, qui serait mauvais explorateur.<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est possible. Donc, quand la moralit\u00e9 de l&#8217;explorateur para\u00eet bonne, on fait une enqu\u00eate sur sa d\u00e9couverte.<\/p>\n<p>&#8211; On va voir ?<\/p>\n<p>&#8211; Non. C&#8217;est trop compliqu\u00e9. Mais on exige de l&#8217;explorateur qu&#8217;il fournisse des preuves. S&#8217;il s&#8217;agit par exemple de la d\u00e9couverte d&#8217;une grosse montagne, on exige qu&#8217;il en rapporte de grosses pierres.<\/p>\n<p>Le g\u00e9ographe soudain s&#8217;\u00e9mut.<\/p>\n<p>&#8211; Mais toi, tu viens de loin ! Tu es explorateur ! Tu vas me d\u00e9crire ta plan\u00e8te !<\/p>\n<p>Et le g\u00e9ographe, ayant ouvert son registre, tailla son crayon. On note d&#8217;abord au crayon les r\u00e9cits des explorateurs. On attend, pour noter \u00e0 l&#8217;encre, que l&#8217;explorateur ait fourni des preuves.<\/p>\n<p>&#8211; Alors? interrogea le g\u00e9ographe.<\/p>\n<p>&#8211; Oh! chez moi, dit le petit prince, ce n&#8217;est pas tr\u00e8s int\u00e9ressant, c&#8217;est tout petit. J&#8217;ai trois volcans. Deux volcans en activit\u00e9, et un volcan \u00e9teint. Mais on ne sait jamais.<\/p>\n<p>&#8211; On ne sait jamais, dit le g\u00e9ographe.<\/p>\n<p>&#8211; J&#8217;ai aussi une fleur.<\/p>\n<p>&#8211; Nous ne notons pas les fleurs, dit le g\u00e9ographe.<\/p>\n<p>&#8211; Pourquoi \u00e7a ! c&#8217;est le plus joli !<\/p>\n<p>&#8211; Parce que les fleurs sont \u00e9ph\u00e9m\u00e8res.<\/p>\n<p>&#8211; Qu&#8217;est ce que signifie: &#8220;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re&#8221; ?<\/p>\n<p>&#8211; Les g\u00e9ographies, dit le g\u00e9ographe, sont les livres les plus pr\u00e9cieux de tous les livres. Elles ne se d\u00e9modent jamais. Il est tr\u00e8s rare qu&#8217;une montagne change de place. Il est tr\u00e8s rare qu&#8217;un oc\u00e9an se vide de son eau. Nous \u00e9crivons des choses \u00e9ternelles.<\/p>\n<p>&#8211; Mais les volcans \u00e9teints peuvent se r\u00e9veiller, interrompit le petit prince. Qu&#8217;est-ce que signifie &#8220;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re&#8221; ?<\/p>\n<p>&#8211; Que les volcans soient \u00e9teints ou soient \u00e9veill\u00e9s, \u00e7a revient au m\u00eame pour nous autres, dit le g\u00e9ographe. Ce qui compte pour nous, c&#8217;est la montagne. Elle ne change pas.<\/p>\n<p>&#8211; Mais qu&#8217;est-ce que signifie &#8220;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re&#8221; ? r\u00e9p\u00e9ta le petit prince qui, de sa vie, n&#8217;avait renonc\u00e9 \u00e0 une question, une fois qu&#8217;il l&#8217;avait pos\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a signifie &#8220;qui est menac\u00e9 de disparition prochaine&#8221;.<\/p>\n<p>&#8211; Ma fleur est menac\u00e9e de disparition prochaine ?<\/p>\n<p>&#8211; Bien s\u00fbr.<\/p>\n<p>Ma fleur est \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, se dit le petit prince, et elle n&#8217;a que quatre \u00e9pines pour se d\u00e9fendre contre le monde ! Et je l&#8217;ai laiss\u00e9e toute seule chez moi !<\/p>\n<p>Ce fut l\u00e0 son premier mouvement de regret. Mais il reprit courage:<\/p>\n<p>&#8211; Que me conseillez-vous d&#8217;aller visiter ? demanda-t-il.<\/p>\n<p>&#8211; La plan\u00e8te Terre, lui r\u00e9pondit le g\u00e9ographe. Elle a une bonne r\u00e9putation&#8230;<\/p>\n<p>Et le petit prince s&#8217;en fut, songeant \u00e0 sa fleur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XVI<\/span><\/strong><\/center>La septi\u00e8me plan\u00e8te fut donc la Terre.<\/p>\n<p>La Terre n&#8217;est pas une plan\u00e8te quelconque ! On y compte cent onze rois (en n&#8217;oubliant pas, bien s\u00fbr, les rois n\u00e8gres), sept mille g\u00e9ographes, neuf cent mille businessmen, sept millions et demi d&#8217;ivrognes, trois cent onze millions de vaniteux, c&#8217;est-\u00e0-dire environ deux milliards de grandes personnes.<\/p>\n<p>Pour vous donner une id\u00e9e des dimensions de la Terre je vous dirai qu&#8217;avant l&#8217;invention de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 on y devait entretenir, sur l&#8217;ensemble des six continents, une v\u00e9ritable arm\u00e9e de quatre cent soixante-deux mille cinq cent onze allumeurs de r\u00e9verb\u00e8res.<\/p>\n<p>Vu d&#8217;un peu loin \u00e7a faisait un effet splendide. Les mouvements de cette arm\u00e9e \u00e9taient r\u00e9gl\u00e9s comme ceux d&#8217;un ballet d&#8217;op\u00e9ra. D&#8217;abord venait le tour des allumeurs de r\u00e9verb\u00e8res de Nouvelle-Z\u00e9lande et d&#8217;Australie. Puis ceux-ci, ayant allum\u00e9 leurs lampions, s&#8217;en allaient dormir. Alors entraient \u00e0 leur tour dans la danse les allumeurs de r\u00e9verb\u00e8res de Chine et de Sib\u00e9rie. Puis eux aussi s&#8217;escamotaient dans les coulisses. Alors venait le tour des allumeurs de r\u00e9verb\u00e8res de Russie et des Indes. Puis de ceux d&#8217;Afrique et d&#8217;Europe. Puis de ceux d&#8217;Am\u00e9rique du Sud. Puis de ceux d&#8217;Am\u00e9rique du Nord. Et jamais ils ne se trompaient dans leur ordre d&#8217;entr\u00e9e en sc\u00e8ne. C&#8217;\u00e9tait grandiose.<\/p>\n<p>Seuls, l&#8217;allumeur de l&#8217;unique r\u00e9verb\u00e8re du p\u00f4le Nord, et son confr\u00e8re de l&#8217;unique r\u00e9verb\u00e8re du p\u00f4le Sud, menaient des vies d&#8217;oisivet\u00e9 et de nonchalance: ils travaillaient deux fois par an.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XVII<\/span><\/strong><\/center>Quand on veut faire de l&#8217;esprit, il arrive que l&#8217;on mente un peu. Je n&#8217;ai pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s honn\u00eate en vous parlant des allumeurs de r\u00e9verb\u00e8res. Je risque de donner une fausse id\u00e9e de notre plan\u00e8te \u00e0 ceux qui ne la connaissent pas. Les hommes occupent tr\u00e8s peu de place sur la terre. Si les deux milliards d&#8217;habitants qui peuplent la terre se tenaient debout et un peu serr\u00e9s, comme pour un meeting, ils logeraient ais\u00e9ment sur une place publique de vingt milles de long sur vingt milles de large. On pourrait entasser l&#8217;humanit\u00e9 sur le moindre petit \u00eelot du Pacifique.<\/p>\n<p>Les grandes personnes, bien s\u00fbr, ne vous croiront pas. Elles s&#8217;imaginent tenir beaucoup de place. Elles se voient importantes comme des baobabs. Vous leur conseillerez donc de faire le calcul. Elles adorent les chiffres: \u00e7a leur plaira. Mais ne perdez pas votre temps \u00e0 ce pensum. C&#8217;est inutile. Vous avez confiance en moi.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/32.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"202\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>Le petit prince, une fois sur terre, fut donc bien surpris de ne voir personne. Il avait d\u00e9j\u00e0 peur de s&#8217;\u00eatre tromp\u00e9 de plan\u00e8te, quand un anneau couleur de lune remua dans le sable.<\/p>\n<p>&#8211; Bonne nuit, fit le petit prince \u00e0 tout hasard.<\/p>\n<p>&#8211; Bonne nuit, fit le serpent.<\/p>\n<p>&#8211; Sur quelle plan\u00e8te suis-je tomb\u00e9 ? demanda le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Sur la Terre, en Afrique, r\u00e9pondit le serpent.<\/p>\n<p>&#8211; Ah!&#8230; Il n&#8217;y a donc personne sur la Terre ?<\/p>\n<p>&#8211; Ici c&#8217;est le d\u00e9sert. Il n&#8217;y a personne dans les d\u00e9serts. La Terre est grande, dit le serpent.<\/p>\n<p>Le petit prince s&#8217;assit sur une pierre et leva les yeux vers le ciel:<\/p>\n<p>&#8211; Je me demande, dit-il, si les \u00e9toiles sont \u00e9clair\u00e9es afin que chacun puisse un jour retrouver la sienne. Regarde ma plan\u00e8te. Elle est juste au-dessus de nous&#8230; Mais comme elle est loin !<\/p>\n<p>&#8211; Elle est belle, dit le serpent. Que viens-tu faire ici ?<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/33.jpg\" alt=\"\" width=\"352\" height=\"356\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>&#8211; J&#8217;ai des difficult\u00e9s avec une fleur, dit le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Ah! fit le serpent.<\/p>\n<p>Et ils se turent.<\/p>\n<p>&#8211; O\u00f9 sont les hommes ? reprit enfin le petit prince. On est un peu seul dans le d\u00e9sert&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; On est seul aussi chez les hommes, dit le serpent.<\/p>\n<p>Le petit prince le regarda longtemps:<\/p>\n<p>&#8211; Tu es une dr\u00f4le de b\u00eate, lui dit-il enfin, mince comme un doigt&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Mais je suis plus puissant que le doigt d&#8217;un roi, dit le serpent.<\/p>\n<p>Le petit prince eut un sourire:<\/p>\n<p>&#8211; Tu n&#8217;es pas bien puissant&#8230; tu n&#8217;as m\u00eame pas de pattes&#8230; tu ne peux m\u00eame pas voyager&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Je puis t&#8217;emporter plus loin qu&#8217;un navire, dit le serpent.<\/p>\n<p>Il s&#8217;enroula autour de la cheville du petit prince, comme un bracelet d&#8217;or:<\/p>\n<p>&#8211; Celui que je touche, je le rends \u00e0 la terre dont il est sorti, dit-il encore. Mais tu es pur et tu viens d&#8217;une \u00e9toile&#8230;<\/p>\n<p>Le petit prince ne r\u00e9pondit rien.<\/p>\n<p>&#8211; Tu me fais piti\u00e9, toi si faible, sur cette Terre de granit. Je puis t&#8217;aider un jour si tu regrettes trop ta plan\u00e8te. Je puis&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Oh! J&#8217;ai tr\u00e8s bien compris, fit le petit prince, mais pourquoi parles-tu toujours par \u00e9nigmes ?<\/p>\n<p>&#8211; Je les r\u00e9sous toutes, dit le serpent.<\/p>\n<p>Et ils se turent.<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XVIII<\/span><\/strong><\/center>Le petit prince traversa le d\u00e9sert et ne rencontra qu&#8217;une fleur. Une fleur \u00e0 trois p\u00e9tales, une fleur de rien du tout&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Bonjour, dit le petit prince.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/34.jpg\" alt=\"\" width=\"329\" height=\"241\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Bonjour, dit la fleur.<\/p>\n<p>&#8211; O\u00f9 sont les hommes ? demanda poliment le petit prince.<\/p>\n<p>La fleur, un jour, avait vu passer une caravane:<\/p>\n<p>&#8211; Les hommes ? Il en existe, je crois, six ou sept. Je les ai aper\u00e7us il y a des ann\u00e9es. Mais on ne sait jamais o\u00f9 les trouver. Le vent les prom\u00e8ne. Ils manquent de racines, \u00e7a les g\u00eane beaucoup.<\/p>\n<p>&#8211; Adieu, fit le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Adieu, dit la fleur.<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XIX<\/span><\/strong><\/center>Le petit prince fit l&#8217;ascension d&#8217;une haute montagne. Les seules montagnes qu&#8217;il e\u00fbt jamais connues \u00e9taient les trois volcans qui lui arrivaient au genou. Et il se servait du volcan \u00e9teint comme d&#8217;un tabouret. &#8220;D&#8217;une montagne haute comme celle-ci, se dit-il donc, j&#8217;apercevrai d&#8217;un coup toute la plan\u00e8te et tous les hommes&#8230;&#8221; Mais il n&#8217;aper\u00e7ut rien que des aiguilles de roc bien aiguis\u00e9es.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/35.jpg\" alt=\"\" width=\"410\" height=\"344\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Bonjour, dit-il \u00e0 tout hasard.<\/p>\n<p>&#8211; Bonjour&#8230; Bonjour&#8230; Bonjour&#8230; r\u00e9pondit l&#8217;\u00e9cho.<\/p>\n<p>&#8211; Qui \u00eates-vous ? dit le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Qui \u00eates-vous&#8230; qui \u00eates-vous&#8230; qui \u00eates-vous&#8230; r\u00e9pondit l&#8217;\u00e9cho.<\/p>\n<p>&#8211; Soyez mes amis, je suis seul, dit-il.<\/p>\n<p>&#8211; Je suis seul&#8230; je suis seul&#8230; je suis seul&#8230; r\u00e9pondit l&#8217;\u00e9cho.<\/p>\n<p>&#8220;Quelle dr\u00f4le de plan\u00e8te ! pensa-t-il alors. Elle est toute s\u00e8che, et toute pointue et toute sal\u00e9e. Et les hommes manquent d&#8217;imagination. Ils r\u00e9p\u00e8tent ce qu&#8217;on leur dit&#8230; Chez moi j&#8217;avais une fleur: elle parlait toujours la premi\u00e8re&#8230;&#8221;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XX<\/span><\/strong><\/center>Mais il arriva que le petit prince, ayant longtemps march\u00e9 \u00e0 travers les sables, les rocs et les neiges, d\u00e9couvrit enfin une route. Et les routes vont toutes chez les hommes.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/36.jpg\" alt=\"\" width=\"306\" height=\"184\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Bonjour, dit-il.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait un jardin fleuri de roses.<\/p>\n<p>&#8211; Bonjour, dirent les roses.<\/p>\n<p>Le petit prince les regarda. Elles ressemblaient toutes \u00e0 sa fleur.<\/p>\n<p>&#8211; Qui \u00eates-vous ? leur demanda-t-il, stup\u00e9fait.<\/p>\n<p>&#8211; Nous sommes des roses, dirent les roses.<\/p>\n<p>&#8211; Ah! fit le petit prince&#8230;<\/p>\n<p>Et il se sentit tr\u00e8s malheureux. Sa fleur lui avait racont\u00e9 qu&#8217;elle \u00e9tait seule de son esp\u00e8ce dans l&#8217;univers. Et voici qu&#8217;il en \u00e9tait cinq mille, toutes semblables, dans un seul jardin !<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/37.jpg\" alt=\"\" width=\"325\" height=\"145\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>&#8220;Elle serait bien vex\u00e9e, se dit-il, si elle voyait \u00e7a&#8230; elle tousserait \u00e9norm\u00e9ment et ferait semblant de mourir pour \u00e9chapper au ridicule. Et je serais bien oblig\u00e9 de faire semblant de la soigner, car, sinon, pour m&#8217;humilier moi aussi, elle se laisserait vraiment mourir&#8230;&#8221;<\/p>\n<p>Puis il se dit encore: &#8220;Je me croyais riche d&#8217;une fleur unique, et je ne poss\u00e8de qu&#8217;une rose ordinaire. \u00c7a et mes trois volcans qui m&#8217;arrivent au genou, et dont l&#8217;un, peut-\u00eatre, est \u00e9teint pour toujours, \u00e7a ne fait pas de moi un bien grand prince&#8230;&#8221; Et, couch\u00e9 dans l&#8217;herbe, il pleura.<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"1\" width=\"100%\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XXI<\/span><\/strong><\/center>C&#8217;est alors qu&#8217;apparut le renard:<\/p>\n<p>&#8211; Bonjour, dit le renard.<\/p>\n<p>&#8211; Bonjour, r\u00e9pondit poliment le petit prince, qui se retourna mais ne vit rien.<\/p>\n<p>&#8211; Je suis l\u00e0, dit la voix, sous le pommier.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/38.jpg\" alt=\"\" width=\"425\" height=\"300\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Qui es-tu ? dit le petit prince. Tu es bien joli&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Je suis un renard, dit le renard.<\/p>\n<p>&#8211; Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivois\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; Ah! pardon, fit le petit prince.<\/p>\n<p>Mais, apr\u00e8s r\u00e9flexion, il ajouta:<\/p>\n<p>&#8211; Qu&#8217;est-ce que signifie &#8220;apprivoiser&#8221; ?<\/p>\n<p>&#8211; Tu n&#8217;es pas d&#8217;ici, dit le renard, que cherches-tu ?<\/p>\n<p>&#8211; Je cherche les hommes, dit le petit prince. Qu&#8217;est-ce que signifie &#8220;apprivoiser&#8221; ?<\/p>\n<p>&#8211; Les hommes, dit le renard, ils ont des fusils et ils chassent. C&#8217;est bien g\u00eanant ! Ils \u00e9l\u00e8vent aussi des poules. C&#8217;est leur seul int\u00e9r\u00eat. Tu cherches des poules ?<\/p>\n<p>&#8211; Non, dit le petit prince. Je cherche des amis. Qu&#8217;est-ce que signifie &#8220;apprivoiser&#8221; ?<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est une chose trop oubli\u00e9e, dit le renard. \u00c7a signifie &#8220;cr\u00e9er des liens&#8230;&#8221;<\/p>\n<p>&#8211; Cr\u00e9er des liens ?<\/p>\n<p>&#8211; Bien s\u00fbr, dit le renard. Tu n&#8217;es encore pour moi qu&#8217;un petit gar\u00e7on tout semblable \u00e0 cent mille petits gar\u00e7ons. Et je n&#8217;ai pas besoin de toi. Et tu n&#8217;as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu&#8217;un renard semblable \u00e0 cent mille renards. Mais, si tu m&#8217;apprivoises, nous aurons besoin l&#8217;un de l&#8217;autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Je commence \u00e0 comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur&#8230; je crois qu&#8217;elle m&#8217;a apprivois\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est possible, dit le renard. On voit sur la Terre toutes sortes de choses&#8230;<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/39.jpg\" alt=\"\" width=\"190\" height=\"176\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Oh! ce n&#8217;est pas sur la Terre, dit le petit prince.<\/p>\n<p>Le renard parut tr\u00e8s intrigu\u00e9 :<\/p>\n<p>&#8211; Sur une autre plan\u00e8te ?<\/p>\n<p>&#8211; Oui.<\/p>\n<p>&#8211; Il y a des chasseurs, sur cette plan\u00e8te-l\u00e0 ?<\/p>\n<p>&#8211; Non.<\/p>\n<p>&#8211; \u00c7a, c&#8217;est int\u00e9ressant ! Et des poules ?<\/p>\n<p>&#8211; Non.<\/p>\n<p>&#8211; Rien n&#8217;est parfait, soupira le renard.<\/p>\n<p>Mais le renard revint \u00e0 son id\u00e9e:<\/p>\n<p>&#8211; Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m&#8217;ennuie donc un peu. Mais, si tu m&#8217;apprivoises, ma vie sera comme ensoleill\u00e9e. Je conna\u00eetrai un bruit de pas qui sera diff\u00e9rent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m&#8217;appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde ! Tu vois, l\u00e0-bas, les champs de bl\u00e9 ? Je ne mange pas de pain. Le bl\u00e9 pour moi est inutile. Les champs de bl\u00e9 ne me rappellent rien. Et \u00e7a, c&#8217;est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d&#8217;or. Alors ce sera merveilleux quand tu m&#8217;auras apprivois\u00e9 ! Le bl\u00e9, qui est dor\u00e9, me fera souvenir de toi. Et j&#8217;aimerai le bruit du vent dans le bl\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince:<\/p>\n<p>&#8211; S&#8217;il te pla\u00eet&#8230; apprivoise-moi ! dit-il.<\/p>\n<p>&#8211; Je veux bien, r\u00e9pondit le petit prince, mais je n&#8217;ai pas beaucoup de temps. J&#8217;ai des amis \u00e0 d\u00e9couvrir et beaucoup de choses \u00e0 conna\u00eetre.<\/p>\n<p>&#8211; On ne conna\u00eet que les choses que l&#8217;on apprivoise, dit le renard. Les hommes n&#8217;ont plus le temps de rien conna\u00eetre. Ils ach\u00e8tent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n&#8217;existe point de marchands d&#8217;amis, les hommes n&#8217;ont plus d&#8217;amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !<\/p>\n<p>&#8211; Que faut-il faire? dit le petit prince.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/40.jpg\" alt=\"\" width=\"344\" height=\"279\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Il faut \u00eatre tr\u00e8s patient, r\u00e9pondit le renard. Tu t&#8217;assoiras d&#8217;abord un peu loin de moi, comme \u00e7a, dans l&#8217;herbe. Je te regarderai du coin de l&#8217;\u0153il et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t&#8217;asseoir un peu plus pr\u00e8s&#8230;<\/p>\n<p>Le lendemain revint le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Il e\u00fbt mieux valu revenir \u00e0 la m\u00eame heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, \u00e0 quatre heures de l&#8217;apr\u00e8s-midi, d\u00e8s trois heures je commencerai d&#8217;\u00eatre heureux. Plus l&#8217;heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures, d\u00e9j\u00e0, je m&#8217;agiterai et m&#8217;inqui\u00e9terai; je d\u00e9couvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n&#8217;importe quand, je ne saurai jamais \u00e0 quelle heure m&#8217;habiller le c\u0153ur&#8230; Il faut des rites.<\/p>\n<p>&#8211; Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un rite ? dit le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est aussi quelque chose de trop oubli\u00e9, dit le renard. C&#8217;est ce qui fait qu&#8217;un jour est diff\u00e9rent des autres jours, une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux ! Je vais me promener jusqu&#8217;\u00e0 la vigne. Si les chasseurs dansaient n&#8217;importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n&#8217;aurais point de vacances.<\/p>\n<p>Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l&#8217;heure du d\u00e9part fut proche:<\/p>\n<p>&#8211; Ah! dit le renard&#8230; Je pleurerai.<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t&#8217;apprivoise&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Bien s\u00fbr, dit le renard.<\/p>\n<p>&#8211; Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Bien s\u00fbr, dit le renard.<\/p>\n<p>&#8211; Alors tu n&#8217;y gagnes rien !<\/p>\n<p>&#8211; J&#8217;y gagne, dit le renard, \u00e0 cause de la couleur du bl\u00e9.<\/p>\n<p>Puis il ajouta:<\/p>\n<p>&#8211; Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d&#8217;un secret.<\/p>\n<p>Le petit prince s&#8217;en fut revoir les roses:<\/p>\n<p>&#8211; Vous n&#8217;\u00eates pas du tout semblables \u00e0 ma rose, vous n&#8217;\u00eates rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivois\u00e9 et vous n&#8217;avez apprivois\u00e9 personne. Vous \u00eates comme \u00e9tait mon renard. Ce n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;un renard semblable \u00e0 cent mille autres. Mais j&#8217;en ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde.<\/p>\n<p>Et les roses \u00e9taient bien g\u00ean\u00e9es.<\/p>\n<p>&#8211; Vous \u00eates belles, mais vous \u00eates vides, leur dit-il encore. On ne peut pas mourir pour vous. Bien s\u00fbr, ma rose \u00e0 moi, un passant ordinaire croirait qu&#8217;elle vous ressemble. Mais \u00e0 elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c&#8217;est elle que j&#8217;ai arros\u00e9e. Puisque c&#8217;est elle que j&#8217;ai mise sous globe. Puisque c&#8217;est elle que j&#8217;ai abrit\u00e9e par le paravent. Puisque c&#8217;est elle dont j&#8217;ai tu\u00e9 les chenilles (sauf les deux ou trois pour les papillons). Puisque c&#8217;est elle que j&#8217;ai \u00e9cout\u00e9e se plaindre, ou se vanter, ou m\u00eame quelquefois se taire. Puisque c&#8217;est ma rose.<\/p>\n<p>Et il revint vers le renard:<\/p>\n<p>&#8211; Adieu, dit-il&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est tr\u00e8s simple: on ne voit bien qu&#8217;avec le c\u0153ur. L&#8217;essentiel est invisible pour les yeux.<\/p>\n<p>&#8211; L&#8217;essentiel est invisible pour les yeux, r\u00e9p\u00e9ta le petit prince, afin de se souvenir.<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est le temps que j&#8217;ai perdu pour ma rose&#8230; fit le petit prince, afin de se souvenir.<\/p>\n<p>&#8211; Les hommes ont oubli\u00e9 cette v\u00e9rit\u00e9, dit le renard. Mais tu ne dois pas l&#8217;oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivois\u00e9. Tu es responsable de ta rose&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Je suis responsable de ma rose&#8230; r\u00e9p\u00e9ta le petit prince, afin de se souvenir.<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"3\" width=\"100%\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XXII<\/span><\/strong><\/center>&#8211; Bonjour, dit le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Bonjour, dit l&#8217;aiguilleur.<\/p>\n<p>&#8211; Que fais-tu ici ? dit le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Je trie les voyageurs, par paquets de mille, dit l&#8217;aiguilleur. J&#8217;exp\u00e9die les trains qui les emportent, tant\u00f4t vers la droite, tant\u00f4t vers la gauche.<\/p>\n<p>Et un rapide illumin\u00e9, grondant comme le tonnerre, fit trembler la cabine d&#8217;aiguillage.<\/p>\n<p>&#8211; Ils sont bien press\u00e9s, dit le petit prince. Que cherchent-ils ?<\/p>\n<p>&#8211; L&#8217;homme de la locomotive l&#8217;ignore lui-m\u00eame, dit l&#8217;aiguilleur.<\/p>\n<p>Et gronda, en sens inverse, un second rapide illumin\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; Ils reviennent d\u00e9j\u00e0 ? demanda le petit prince&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Ce ne sont pas les m\u00eames, dit l&#8217;aiguilleur. C&#8217;est un \u00e9change.<\/p>\n<p>&#8211; Ils n&#8217;\u00e9taient pas contents, l\u00e0 o\u00f9 ils \u00e9taient ?<\/p>\n<p>&#8211; On n&#8217;est jamais content l\u00e0 o\u00f9 l&#8217;on est, dit l&#8217;aiguilleur.<\/p>\n<p>Et gronda le tonnerre d&#8217;un troisi\u00e8me rapide illumin\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; Ils poursuivent les premiers voyageurs ? demanda le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Ils ne poursuivent rien du tout, dit l&#8217;aiguilleur. Ils dorment l\u00e0-dedans, ou bien ils b\u00e2illent. Les enfants seuls \u00e9crasent leur nez contre les vitres.<\/p>\n<p>&#8211; Les enfants seuls savent ce qu&#8217;ils cherchent, fit le petit prince. Ils perdent du temps pour une poup\u00e9e de chiffons, et elle devient tr\u00e8s importante, et si on la leur enl\u00e8ve, ils pleurent&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Ils ont de la chance, dit l&#8217;aiguilleur.<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"3\" width=\"100%\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XXIII<\/span><\/strong><\/center>&#8211; Bonjour, dit le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; Bonjour, dit le marchand.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait un marchand de pilules perfectionn\u00e9es qui apaisent la soif. On en avale une par semaine et l&#8217;on n&#8217;\u00e9prouve plus le besoin de boire.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/41.jpg\" alt=\"\" width=\"334\" height=\"173\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Pourquoi vends-tu \u00e7a ? dit le petit prince.<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est une grosse \u00e9conomie de temps, dit le marchand. Les experts ont fait des calculs. On \u00e9pargne cinquante-trois minutes par semaine.<\/p>\n<p>&#8211; Et que fait-on des cinquante-trois minutes ?<\/p>\n<p>&#8211; On en fait ce que l&#8217;on veut&#8230;<\/p>\n<p>&#8220;Moi, se dit le petit prince, si j&#8217;avais cinquante-trois minutes \u00e0 d\u00e9penser, je marcherais tout doucement vers une fontaine&#8230;&#8221;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"3\" width=\"100%\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XXIV<\/span><\/strong><\/center>Nous en \u00e9tions au huiti\u00e8me jour de ma panne dans le d\u00e9sert, et j&#8217;avais \u00e9cout\u00e9 l&#8217;histoire du marchand en buvant la derni\u00e8re goutte de ma provision d&#8217;eau:<\/p>\n<p>&#8211; Ah! dis-je au petit prince, ils sont bien jolis, tes souvenirs, mais je n&#8217;ai pas encore r\u00e9par\u00e9 mon avion, je n&#8217;ai plus rien \u00e0 boire, et je serais heureux, moi aussi, si je pouvais marcher tout doucement vers une fontaine !<\/p>\n<p>&#8211; Mon ami le renard, me dit-il&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Mon petit bonhomme, il ne s&#8217;agit plus du renard !<\/p>\n<p>&#8211; Pourquoi?<\/p>\n<p>&#8211; Parce qu&#8217;on va mourir de soif&#8230;<\/p>\n<p>Il ne comprit pas mon raisonnement, il me r\u00e9pondit:<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est bien d&#8217;avoir eu un ami, m\u00eame si l&#8217;on va mourir. Moi, je suis bien content d&#8217;avoir eu un ami renard&#8230;<\/p>\n<p>Il ne mesure pas le danger, me dis-je. Il n&#8217;a jamais ni faim ni soif. Un peu de soleil lui suffit&#8230;<\/p>\n<p>Mais il me regarda et r\u00e9pondit \u00e0 ma pens\u00e9e:<\/p>\n<p>&#8211; J&#8217;ai soif aussi&#8230; cherchons un puits&#8230;<\/p>\n<p>J&#8217;eus un geste de lassitude: il est absurde de chercher un puits, au hasard, dans l&#8217;immensit\u00e9 du d\u00e9sert. Cependant nous nous m\u00eemes en marche.<\/p>\n<p>Quand nous e\u00fbmes march\u00e9, des heures, en silence, la nuit tomba, et les \u00e9toiles commenc\u00e8rent de s&#8217;\u00e9clairer. Je les apercevais comme en r\u00eave, ayant un peu de fi\u00e8vre, \u00e0 cause de ma soif. Les mots du petit prince dansaient dans ma m\u00e9moire:<\/p>\n<p>&#8211; Tu as donc soif, toi aussi ? lui demandai-je.<\/p>\n<p>Mais il ne r\u00e9pondit pas \u00e0 ma question. Il me dit simplement:<\/p>\n<p>&#8211; L&#8217;eau peut aussi \u00eatre bonne pour le c\u0153ur&#8230;<\/p>\n<p>Je ne compris pas sa r\u00e9ponse mais je me tus&#8230; Je savais bien qu&#8217;il ne fallait pas l&#8217;interroger.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait fatigu\u00e9. Il s&#8217;assit. Je m&#8217;assis aupr\u00e8s de lui. Et, apr\u00e8s un silence, il dit encore:<\/p>\n<p>&#8211; Les \u00e9toiles sont belles, \u00e0 cause d&#8217;une fleur que l&#8217;on ne voit pas&#8230;<\/p>\n<p>Je r\u00e9pondis &#8220;bien s\u00fbr&#8221; et je regardai, sans parler, les plis du sable sous la lune.<\/p>\n<p>&#8211; Le d\u00e9sert est beau, ajouta-t-il&#8230;<\/p>\n<p>Et c&#8217;\u00e9tait vrai. J&#8217;ai toujours aim\u00e9 le d\u00e9sert. On s&#8217;assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n&#8217;entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Ce qui embellit le d\u00e9sert, dit le petit prince, c&#8217;est qu&#8217;il cache un puits quelque part&#8230;<\/p>\n<p>Je fus surpris de comprendre soudain ce myst\u00e9rieux rayonnement du sable. Lorsque j&#8217;\u00e9tais petit gar\u00e7on j&#8217;habitais une maison ancienne, et la l\u00e9gende racontait qu&#8217;un tr\u00e9sor y \u00e9tait enfoui. Bien s\u00fbr, jamais personne n&#8217;a su le d\u00e9couvrir, ni peut-\u00eatre m\u00eame ne l&#8217;a cherch\u00e9. Mais il enchantait toute cette maison. Ma maison cachait un secret au fond de son c\u0153ur&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Oui, dis-je au petit prince, qu&#8217;il s&#8217;agisse de la maison, des \u00e9toiles ou du d\u00e9sert, ce qui fait leur beaut\u00e9 est invisible !<\/p>\n<p>&#8211; Je suis content, dit-il, que tu sois d&#8217;accord avec mon renard.<\/p>\n<p>Comme le petit prince s&#8217;endormait, je le pris dans mes bras, et me remis en route. J&#8217;\u00e9tais \u00e9mu. Il me semblait porter un tr\u00e9sor fragile. Il me semblait m\u00eame qu&#8217;il n&#8217;y e\u00fbt rien de plus fragile sur la Terre. Je regardais, \u00e0 la lumi\u00e8re de la lune, ce front p\u00e2le, ces yeux clos, ces m\u00e8ches de cheveux qui tremblaient au vent, et je me disais: ce que je vois l\u00e0 n&#8217;est qu&#8217;une \u00e9corce. Le plus important est invisible&#8230;<\/p>\n<p>Comme ses l\u00e8vres entr&#8217;ouvertes \u00e9bauchaient un demi-sourire je me dis encore: &#8220;Ce qui m&#8217;\u00e9meut si fort de ce petit prince endormi, c&#8217;est sa fid\u00e9lit\u00e9 pour une fleur, c&#8217;est l&#8217;image d&#8217;une rose qui rayonne en lui comme la flamme d&#8217;une lampe, m\u00eame quand il dort&#8230;&#8221; Et je le devinai plus fragile encore. Il faut bien prot\u00e9ger les lampes: un coup de vent peut les \u00e9teindre&#8230;<\/p>\n<p>Et, marchant ainsi, je d\u00e9couvris le puits au lever du jour.<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"3\" width=\"100%\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XXV<\/span><\/strong><\/center>&#8211; Les hommes, dit le petit prince, ils s&#8217;enfournent dans les rapides, mais ils ne savent plus ce qu&#8217;ils cherchent. Alors ils s&#8217;agitent et tournent en rond&#8230;<\/p>\n<p>Et il ajouta:<\/p>\n<p>&#8211; Ce n&#8217;est pas la peine&#8230;<\/p>\n<p>Le puits que nous avions atteint ne ressemblait pas aux puits sahariens. Les puits sahariens sont de simples trous creus\u00e9s dans le sable. Celui-l\u00e0 ressemblait \u00e0 un puits de village. Mais il n&#8217;y avait l\u00e0 aucun village, et je croyais r\u00eaver.<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est \u00e9trange, dis-je au petit prince, tout est pr\u00eat: la poulie, le seau et la corde&#8230;<\/p>\n<p>Il rit, toucha la corde, fit jouer la poulie. Et la poulie g\u00e9mit comme g\u00e9mit une vieille girouette quand le vent a longtemps dormi.<\/p>\n<p>&#8211; Tu entends, dit le petit prince, nous r\u00e9veillons ce puits et il chante&#8230;<\/p>\n<p>Je ne voulais pas qu&#8217;il f\u00eet un effort:<\/p>\n<p>&#8211; Laisse-moi faire, lui dis-je, c&#8217;est trop lourd pour toi.<\/p>\n<p>Lentement je hissai le seau jusqu&#8217;\u00e0 la margelle. Je l&#8217;y installai bien d&#8217;aplomb. Dans mes oreilles durait le chant de la poulie et, dans l&#8217;eau qui tremblait encore, je voyais trembler le soleil.<\/p>\n<p>&#8211; J&#8217;ai soif de cette eau-l\u00e0, dit le petit prince, donne-moi \u00e0 boire&#8230;<\/p>\n<p>Et je compris ce qu&#8217;il avait cherch\u00e9 !<\/p>\n<p>Je soulevai le seau jusqu&#8217;\u00e0 ses l\u00e8vres. Il but, les yeux ferm\u00e9s. C&#8217;\u00e9tait doux comme une f\u00eate. Cette eau \u00e9tait bien autre chose qu&#8217;un aliment. Elle \u00e9tait n\u00e9e de la marche sous les \u00e9toiles, du chant de la poulie, de l&#8217;effort de mes bras. Elle \u00e9tait bonne pour le c\u0153ur, comme un cadeau. Lorsque j&#8217;\u00e9tais petit gar\u00e7on, la lumi\u00e8re de l&#8217;arbre de No\u00ebl, la musique de la messe de minuit, la douceur des sourires faisaient ainsi tout le rayonnement du cadeau de No\u00ebl que je recevais.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/42.jpg\" alt=\"\" width=\"377\" height=\"468\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>&#8211; Les hommes de chez toi, dit le petit prince, cultivent cinq mille roses dans un m\u00eame jardin&#8230; et ils n&#8217;y trouvent pas ce qu&#8217;ils cherchent.<\/p>\n<p>&#8211; Ils ne le trouvent pas, r\u00e9pondis-je&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Et cependant ce qu&#8217;ils cherchent pourrait \u00eatre trouv\u00e9 dans une seule rose ou un peu d&#8217;eau&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Bien s\u00fbr, r\u00e9pondis-je.<\/p>\n<p>Et le petit prince ajouta:<\/p>\n<p>&#8211; Mais les yeux sont aveugles. Il faut chercher avec le c\u0153ur.<\/p>\n<p>J&#8217;avais bu. Je respirais bien. Le sable, au lever du jour, est couleur de miel. J&#8217;\u00e9tais heureux aussi de cette couleur de miel. Pourquoi fallait-il que j&#8217;eusse de la peine&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Il faut que tu tiennes ta promesse, me dit doucement le petit prince, qui, de nouveau, s&#8217;\u00e9tait assis aupr\u00e8s de moi.<\/p>\n<p>&#8211; Quelle promesse ?<\/p>\n<p>&#8211; Tu sais&#8230; une museli\u00e8re pour mon mouton&#8230; je suis responsable de cette fleur !<\/p>\n<p>Je sortis de ma poche mes \u00e9bauches de dessin. Le petit prince les aper\u00e7ut et dit en riant:<\/p>\n<p>&#8211; Tes baobabs, ils ressemblent un peu \u00e0 des choux&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Oh!<\/p>\n<p>Moi qui \u00e9tait si fier des baobabs !<\/p>\n<p>&#8211; Ton renard&#8230; ses oreilles&#8230; elles ressemblent un peu \u00e0 des cornes&#8230; et elles sont trop longues !<\/p>\n<p>Et il rit encore.<\/p>\n<p>&#8211; Tu es injuste, petit bonhomme, je ne savais rien dessiner que les boas ferm\u00e9s et les boas ouverts.<\/p>\n<p>&#8211; Oh ! \u00e7a ira, dit-il, les enfants savent.<\/p>\n<p>Je crayonnai donc une museli\u00e8re. Et j&#8217;eus le c\u0153ur serr\u00e9 en la lui donnant:<\/p>\n<p>&#8211; Tu as des projets que j&#8217;ignore&#8230;<\/p>\n<p>Mais il ne me r\u00e9pondit pas. Il me dit:<\/p>\n<p>&#8211; Tu sais, ma chute sur la Terre&#8230; c&#8217;en sera demain l&#8217;anniversaire&#8230;<\/p>\n<p>Puis, apr\u00e8s un silence il dit encore:<\/p>\n<p>&#8211; J&#8217;\u00e9tais tomb\u00e9 tout pr\u00e8s d&#8217;ici&#8230;<\/p>\n<p>Et il rougit.<\/p>\n<p>Et de nouveau, sans comprendre pourquoi, j&#8217;\u00e9prouvai un chagrin bizarre. Cependant une question me vint:<\/p>\n<p>&#8211; Alors ce n&#8217;est pas par hasard que, le matin o\u00f9 je t&#8217;ai connu, il y a huit jours, tu te promenais comme \u00e7a, tout seul, \u00e0 mille milles de toutes les r\u00e9gions habit\u00e9es ! Tu retournais vers le point de ta chute ?<\/p>\n<p>Le petit prince rougit encore.<\/p>\n<p>Et j&#8217;ajoutai, en h\u00e9sitant:<\/p>\n<p>&#8211; A cause, peut-\u00eatre, de l&#8217;anniversaire ?&#8230;<\/p>\n<p>Le petit prince rougit de nouveau. Il ne r\u00e9pondait jamais aux questions, mais, quand on rougit, \u00e7a signifie &#8220;oui&#8221;, n&#8217;est-ce pas ?<\/p>\n<p>&#8211; Ah! lui dis-je, j&#8217;ai peur&#8230;<\/p>\n<p>Mais il me r\u00e9pondit:<\/p>\n<p>&#8211; Tu dois maintenant travailler. Tu dois repartir vers ta machine. Je t&#8217;attends ici. Reviens demain soir&#8230;<\/p>\n<p>Mais je n&#8217;\u00e9tais pas rassur\u00e9. Je me souvenais du renard. On risque de pleurer un peu si l&#8217;on s&#8217;est laiss\u00e9 apprivoiser&#8230;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"3\" width=\"100%\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XXVI<\/span><\/strong><\/center>Il y avait, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du puits, une ruine de vieux mur de pierre. Lorsque je revins de mon travail, le lendemain soir, j&#8217;aper\u00e7us de loin mon petit prince assis l\u00e0-haut, les jambes pendantes. Et je l&#8217;entendis qui parlait:<\/p>\n<p>&#8211; Tu ne t&#8217;en souviens donc pas ? disait-il. Ce n&#8217;est pas tout \u00e0 fait ici !<\/p>\n<p>Une autre voix lui r\u00e9pondit sans doute, puisqu&#8217;il r\u00e9pliqua:<\/p>\n<p>&#8211; Si! Si! c&#8217;est bien le jour, mais ce n&#8217;est pas ici l&#8217;endroit&#8230;<\/p>\n<p>Je poursuivis ma marche vers le mur. Je ne voyais ni n&#8217;entendais toujours personne. Pourtant le petit prince r\u00e9pliqua de nouveau:<\/p>\n<p>&#8211; &#8230; Bien s\u00fbr. Tu verras o\u00f9 commence ma trace dans le sable. Tu n&#8217;as qu&#8217;a m&#8217;y attendre. J&#8217;y serai cette nuit.<\/p>\n<p>J&#8217;\u00e9tais \u00e0 vingt m\u00e8tres du mur et je ne voyais toujours rien.<\/p>\n<p>Le petit prince dit encore, apr\u00e8s un silence:<\/p>\n<p>&#8211; Tu as du bon venin ? Tu es s\u00fbr de ne pas me faire souffrir longtemps ?<\/p>\n<p>Je fis halte, le c\u0153ur serr\u00e9, mais je ne comprenais toujours pas.<\/p>\n<p>&#8211; Maintenant va-t&#8217;en, dit-il&#8230; je veux redescendre !<\/p>\n<p>Alors j&#8217;abaissai moi-m\u00eame les yeux vers le pied du mur, et je fis un bond ! Il \u00e9tait l\u00e0, dress\u00e9 vers le petit prince, un de ces serpents jaunes qui vous ex\u00e9cutent en trente secondes. Tout en fouillant ma poche pour en tirer mon revolver, je pris le pas de course, mais, au bruit que je fis, le serpent se laissa doucement couler dans le sable, comme un jet d&#8217;eau qui meurt, et, sans trop se presser, se faufila entre les pierres avec un l\u00e9ger bruit de m\u00e9tal.<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/43.jpg\" alt=\"\" width=\"331\" height=\"318\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>Je parvins au mur juste \u00e0 temps pour y recevoir dans les bras mon petit bonhomme de prince, p\u00e2le comme la neige.<\/p>\n<p>&#8211; Quelle est cette histoire-l\u00e0 ! Tu parles maintenant avec les serpents !<\/p>\n<p>J&#8217;avais d\u00e9fait son \u00e9ternel cache-nez d&#8217;or. Je lui avais mouill\u00e9 les tempes et l&#8217;avais fait boire. Et maintenant je n&#8217;osais plus rien lui demander. Il me regarda gravement et m&#8217;entoura le cou de ses bras. Je sentais battre son c\u0153ur comme celui d&#8217;un oiseau qui meurt, quand on l&#8217;a tir\u00e9 \u00e0 la carabine. Il me dit:<\/p>\n<p>&#8211; Je suis content que tu aies trouv\u00e9 ce qui manquait \u00e0 ta machine. Tu vas pouvoir rentrer chez toi&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Comment sais-tu !<\/p>\n<p>Je venais justement lui annoncer que, contre toute esp\u00e9rance, j&#8217;avais r\u00e9ussi mon travail !<\/p>\n<p>Il ne r\u00e9pondit rien \u00e0 ma question, mais il ajouta:<\/p>\n<p>&#8211; Moi aussi, aujourd&#8217;hui, je rentre chez moi&#8230;<\/p>\n<p>Puis, m\u00e9lancolique:<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est bien plus loin&#8230; c&#8217;est bien plus difficile&#8230;<\/p>\n<p>Je sentais bien qu&#8217;il se passait quelque chose d&#8217;extraordinaire. Je le serrais dans les bras comme un petit enfant, et cependant il me semblait qu&#8217;il coulait verticalement dans un ab\u00eeme sans que je pusse rien pour le retenir&#8230;<\/p>\n<p>Il avait le regard s\u00e9rieux, perdu tr\u00e8s loin:<\/p>\n<p>&#8211; J&#8217;ai ton mouton. Et j&#8217;ai la caisse pour le mouton. Et j&#8217;ai la museli\u00e8re&#8230;<\/p>\n<p>Et il sourit avec m\u00e9lancolie.<\/p>\n<p>J&#8217;attendis longtemps. Je sentais qu&#8217;il se r\u00e9chauffait peu \u00e0 peu:<\/p>\n<p>&#8211; Petit bonhomme, tu as eu peur&#8230;<\/p>\n<p>Il avait eu peur, bien s\u00fbr ! Mais il rit doucement:<\/p>\n<p>&#8211; J&#8217;aurai bien plus peur ce soir&#8230;<\/p>\n<p>De nouveau je me sentis glac\u00e9 par le sentiment de l&#8217;irr\u00e9parable. Et je compris que je ne supportais pas l&#8217;id\u00e9e de ne plus jamais entendre ce rire. C&#8217;\u00e9tait pour moi comme une fontaine dans le d\u00e9sert.<\/p>\n<p>&#8211; Petit bonhomme, je veux encore t&#8217;entendre rire&#8230;<\/p>\n<p>Mais il me dit:<\/p>\n<p>&#8211; Cette nuit, \u00e7a fera un an. Mon \u00e9toile se trouvera juste au-dessus de l&#8217;endroit o\u00f9 je suis tomb\u00e9 l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Petit bonhomme, n&#8217;est-ce pas que c&#8217;est un mauvais r\u00eave cette histoire de serpent et de rendez-vous et d&#8217;\u00e9toile&#8230;<\/p>\n<p>Mais il ne r\u00e9pondit pas \u00e0 ma question. Il me dit:<\/p>\n<p>&#8211; Ce qui est important, \u00e7a ne se voit pas&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Bien s\u00fbr&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est comme pour la fleur. Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une \u00e9toile, c&#8217;est doux, la nuit, de regarder le ciel. Toutes les \u00e9toiles sont fleuries.<\/p>\n<p>&#8211; Bien s\u00fbr&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est comme pour l&#8217;eau. Celle que tu m&#8217;as donn\u00e9e \u00e0 boire \u00e9tait comme une musique, \u00e0 cause de la poulie et de la corde&#8230; tu te rappelles&#8230; elle \u00e9tait bonne.<\/p>\n<p>&#8211; Bien s\u00fbr&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Tu regarderas, la nuit, les \u00e9toiles. C&#8217;est trop petit chez moi pour que je te montre o\u00f9 se trouve la mienne. C&#8217;est mieux comme \u00e7a. Mon \u00e9toile, \u00e7a sera pour toi une des \u00e9toiles. Alors, toutes les \u00e9toiles, tu aimeras les regarder&#8230; Elles seront toutes tes amies. Et puis je vais te faire un cadeau&#8230;<\/p>\n<p>Il rit encore.<\/p>\n<p>&#8211; Ah! petit bonhomme, petit bonhomme j&#8217;aime entendre ce rire !<\/p>\n<p>&#8211; Justement ce sera mon cadeau&#8230; ce sera comme pour l&#8217;eau&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Que veux-tu dire ?<\/p>\n<p>&#8211; Les gens ont des \u00e9toiles qui ne sont pas les m\u00eames. Pour les uns, qui voyagent, les \u00e9toiles sont des guides. Pour d&#8217;autres elles ne sont rien que de petites lumi\u00e8res. Pour d&#8217;autres qui sont savants elles sont des probl\u00e8mes. Pour mon businessman elles \u00e9taient de l&#8217;or. Mais toutes ces \u00e9toiles-l\u00e0 se taisent. Toi, tu auras des \u00e9toiles comme personne n&#8217;en a&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Que veux-tu dire ?<\/p>\n<p>&#8211; Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j&#8217;habiterai dans l&#8217;une d&#8217;elles, puisque je rirai dans l&#8217;une d&#8217;elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les \u00e9toiles. Tu auras, toi, des \u00e9toiles qui savent rire !<\/p>\n<p>Et il rit encore.<\/p>\n<p>&#8211; Et quand tu seras consol\u00e9 (on se console toujours) tu seras content de m&#8217;avoir connu. Tu seras toujours mon ami. Tu auras envie de rire avec moi. Et tu ouvriras parfois ta fen\u00eatre, comme \u00e7a, pour le plaisir&#8230; Et tes amis seront bien \u00e9tonn\u00e9s de te voir rire en regardant le ciel. Alors tu leur diras: &#8220;Oui, les \u00e9toiles, \u00e7a me fait toujours rire !&#8221; Et ils te croiront fou. Je t&#8217;aurai jou\u00e9 un bien vilain tour&#8230;<\/p>\n<p>Et il rit encore.<\/p>\n<p>&#8211; Ce sera comme si je t&#8217;avais donn\u00e9, au lieu d&#8217;\u00e9toiles, des tas de petits grelots qui savent rire&#8230;<\/p>\n<p>Et il rit encore. Puis il redevint s\u00e9rieux:<\/p>\n<p>&#8211; Cette nuit&#8230; tu sais&#8230; ne viens pas.<\/p>\n<p>&#8211; Je ne te quitterai pas.<\/p>\n<p>&#8211; J&#8217;aurai l&#8217;air d&#8217;avoir mal&#8230; j&#8217;aurai un peu l&#8217;air de mourir. C&#8217;est comme \u00e7a. Ne viens pas voir \u00e7a, ce n&#8217;est pas la peine&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Je ne te quitterai pas.<\/p>\n<p>Mais il \u00e9tait soucieux.<\/p>\n<p>&#8211; Je te dis \u00e7a&#8230; c&#8217;est \u00e0 cause aussi du serpent. Il ne faut pas qu&#8217;il te morde&#8230; Les serpents, c&#8217;est m\u00e9chant. \u00c7a peut mordre pour le plaisir&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Je ne te quitterai pas.<\/p>\n<p>Mais quelque chose le rassura:<br \/>\n<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/44.jpg\" alt=\"\" width=\"327\" height=\"232\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><br \/>\n&#8211; C&#8217;est vrai qu&#8217;ils n&#8217;ont plus de venin pour la seconde morsure&#8230;<\/p>\n<p>Cette nuit-l\u00e0 je ne le vis pas se mettre en route. Il s&#8217;\u00e9tait \u00e9vad\u00e9 sans bruit. Quand je r\u00e9ussis \u00e0 le rejoindre il marchait d\u00e9cid\u00e9, d&#8217;un pas rapide. Il me dit seulement:<\/p>\n<p>&#8211; Ah! tu es l\u00e0&#8230;<\/p>\n<p>Et il me prit par la main. Mais il se tourmenta encore:<\/p>\n<p>&#8211; Tu as eu tort. Tu auras de la peine. J&#8217;aurai l&#8217;air d&#8217;\u00eatre mort et ce ne sera pas vrai&#8230;<\/p>\n<p>Moi je me taisais.<\/p>\n<p>&#8211; Tu comprends. C&#8217;est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps-l\u00e0. C&#8217;est trop lourd.<\/p>\n<p>Moi je me taisais.<\/p>\n<p>&#8211; Mais ce sera comme une vieille \u00e9corce abandonn\u00e9e. Ce n&#8217;est pas triste les vieilles \u00e9corces&#8230;<br \/>\n<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/45.jpg\" alt=\"\" width=\"348\" height=\"248\" align=\"left\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><br \/>\nMoi je me taisais.<\/p>\n<p>Il se d\u00e9couragea un peu. Mais il fit encore un effort:<\/p>\n<p>&#8211; Ce sera gentil, tu sais. Moi aussi je regarderai les \u00e9toiles. Toutes les \u00e9toiles seront des puits avec une poulie rouill\u00e9e. Toutes les \u00e9toiles me verseront \u00e0 boire&#8230;<\/p>\n<p>Moi je me taisais.<\/p>\n<p>&#8211; Ce sera tellement amusant ! Tu auras cinq cents millions de grelots, j&#8217;aurai cinq cents millions de fontaines&#8230;<\/p>\n<p>Et il se tut aussi, parce qu&#8217;il pleurait&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; C&#8217;est l\u00e0. Laisse-moi faire un pas tout seul.<br \/>\n<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/46.jpg\" alt=\"\" width=\"376\" height=\"370\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><br \/>\nEt il s&#8217;assit parce qu&#8217;il avait peur.<\/p>\n<p>Il dit encore:<\/p>\n<p>&#8211; Tu sais&#8230; ma fleur&#8230; j&#8217;en suis responsable ! Et elle est tellement faible ! Et elle est tellement na\u00efve. Elle a quatre \u00e9pines de rien du tout pour la prot\u00e9ger contre le monde&#8230;<\/p>\n<p>Moi je m&#8217;assis parce que je ne pouvais plus me tenir debout. Il dit:<\/p>\n<p>&#8211; Voil\u00e0&#8230; C&#8217;est tout&#8230;<\/p>\n<p>Il h\u00e9sita encore un peu, puis il se releva. Il fit un pas. Moi je ne pouvais pas bouger.<\/p>\n<p>Il n&#8217;y eut rien qu&#8217;un \u00e9clair jaune pr\u00e8s de sa cheville. Il demeura un instant immobile. Il ne cria pas. Il tomba doucement comme tombe un arbre. \u00c7a ne fit m\u00eame pas de bruit, \u00e0 cause du sable.<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"3\" width=\"100%\" \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><center><strong><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE XXVII<\/span><\/strong><\/center>Et maintenant, bien s\u00fbr, \u00e7a fait six ans d\u00e9j\u00e0&#8230; Je n&#8217;ai jamais encore racont\u00e9 cette histoire. Les camarades qui m&#8217;ont revu ont \u00e9t\u00e9 bien contents de me revoir vivant. J&#8217;\u00e9tais triste mais je leur disais: C&#8217;est la fatigue&#8230;<\/p>\n<p>Maintenant je me suis un peu consol\u00e9. C&#8217;est \u00e0 dire&#8230; pas tout \u00e0 fait. Mais je sais bien qu&#8217;il est revenu \u00e0 sa plan\u00e8te, car, au lever du jour, je n&#8217;ai pas retrouv\u00e9 son corps. Ce n&#8217;\u00e9tait pas un corps tellement lourd&#8230; Et j&#8217;aime la nuit \u00e9couter les \u00e9toiles. C&#8217;est comme cinq cent millions de grelots&#8230;<\/p>\n<p>Mais voil\u00e0 qu&#8217;il se passe quelque chose d&#8217;extraordinaire. La museli\u00e8re que j&#8217;ai dessin\u00e9e pour le petit prince, j&#8217;ai oubli\u00e9 d&#8217;y ajouter la courroie de cuir ! Il n&#8217;aura jamais pu l&#8217;attacher au mouton. Alors je me demande: &#8220;Que s&#8217;est-il pass\u00e9 sur sa plan\u00e8te ? Peut-\u00eatre bien que le mouton a mang\u00e9 la fleur&#8230;&#8221;<\/p>\n<p>Tant\u00f4t je me dis: &#8220;S\u00fbrement non ! Le petit prince enferme sa fleur toutes les nuits sous son globe de verre, et il surveille bien son mouton&#8230;&#8221; Alors je suis heureux. Et toutes les \u00e9toiles rient doucement.<\/p>\n<p>Tant\u00f4t je me dis: &#8220;On est distrait une fois ou l&#8217;autre, et \u00e7a suffit ! Il a oubli\u00e9, un soir, le globe de verre, ou bien le mouton est sorti sans bruit pendant la nuit&#8230;&#8221; Alors les grelots se changent tous en larmes !&#8230;<\/p>\n<p>C&#8217;est l\u00e0 un bien grand myst\u00e8re. Pour vous qui aimez aussi le petit prince, comme pour moi, rien de l&#8217;univers n&#8217;est semblable si quelque part, on ne sait o\u00f9, un mouton que nous ne connaissons pas a, oui ou non, mang\u00e9 une rose&#8230;<\/p>\n<p>Regardez le ciel. Demandez-vous: le mouton oui ou non a-t-il mang\u00e9 la fleur ? Et vous verrez comme tout change&#8230;<\/p>\n<p>Et aucune grande personne ne comprendra jamais que \u00e7a a tellement d&#8217;importance !<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www3.sympatico.ca\/gaston.ringuelet\/lepetitprince\/images\/47.jpg\" alt=\"\" width=\"474\" height=\"354\" align=\"right\" hspace=\"2\" vspace=\"2\" \/><\/p>\n<p>\u00c7a c&#8217;est, pour moi, le plus beau et le plus triste paysage du monde. C&#8217;est le m\u00eame paysage que celui de la page pr\u00e9c\u00e9dente, mais je l&#8217;ai dessin\u00e9 une fois encore pour bien vous le montrer. C&#8217;est ici que le petit prince a apparu sur terre, puis disparu.<\/p>\n<p>Regardez attentivement ce paysage afin d&#8217;\u00eatre s\u00fbrs de le reconna\u00eetre, si vous voyagez un jour en Afrique, dans le d\u00e9sert. Et, s&#8217;il vous arrive de passer par l\u00e0, je vous en supplie, ne vous pressez pas, attendez un peu juste sous l&#8217;\u00e9toile ! Si alors un enfant vient \u00e0 vous, s&#8217;il rit, s&#8217;il a des cheveux d&#8217;or, s&#8217;il ne r\u00e9pond pas quand on l&#8217;interroge, vous devinerez bien qui il est. Alors soyez gentils ! Ne me laissez pas tellement triste: \u00e9crivez-moi vite qu&#8217;il est revenu&#8230;<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" size=\"3\" width=\"100%\" \/>\n\n<div style=\"font-size: 0px; height: 0px; line-height: 0px; margin: 0; padding: 0; clear: both;\"><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A L\u00c9ON WERTH Je demande pardon aux enfants d\u2019avoir d\u00e9di\u00e9 ce livre \u00e0 une grande personne. J\u2019ai une excuse s\u00e9rieuse: cette grande personne est le meilleur ami que j\u2019ai au monde. J\u2019ai une autre excuse: cette grande personne peut tout comprendre, m\u00eame les livres pour enfants. J\u2019ai une troisi\u00e8me excuse: cette grande personne habite la <a href='http:\/\/blog.copcea.ro\/?p=945' class='excerpt-more'>[&#8230;]<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[288,178],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/blog.copcea.ro\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/945"}],"collection":[{"href":"http:\/\/blog.copcea.ro\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/blog.copcea.ro\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/blog.copcea.ro\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/blog.copcea.ro\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=945"}],"version-history":[{"count":7,"href":"http:\/\/blog.copcea.ro\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/945\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":947,"href":"http:\/\/blog.copcea.ro\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/945\/revisions\/947"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/blog.copcea.ro\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=945"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/blog.copcea.ro\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=945"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/blog.copcea.ro\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=945"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}